Biceps & Brains

Après l’Iliade, Patrick Lateur vient de traduire en néerlandais l’Odyssée d’Homère. Traduction qu’on peut qualifier de l’œuvre d’une vie. Avec Odysseus, een zwerver komt thuis, c’est le texte intégral que le KVS met en scène.
 
Tu mets un point d’honneur à écrire des vers ‘récitables’. Pendant que tu traduis, est-ce que tu lis ton texte à voix haute ?
Au bout d’un moment, on se met à penser et à ressentir en pentamères. Je me surprends à le faire quand je lis le journal parfois. Complètement fou. Mais c’est bien. Ce rythme m’est donc bien naturel. Et je sais qu’il se prête parfaitement à la récitation, parce que c’est le rythme qui porte le lecteur. Je travaille rarement à voix haute. Je l’entends dans ma tête, comme un compositeur, lui non plus ne peut pas chanter quatre portées en même temps à voix haute.

Après des années de labeur, le texte du moine fait son entrée dans le monde… c’est difficile, de lâcher ? Et quel regard portes-tu sur les acteurs qui vont s’y atteler ?
Un texte n’est jamais 'fini'. Lâcher se fait donc avec beaucoup de questions et d’incertitudes. Dans mon cas, surtout avec l’Iliade. Maintenant, ça c’est un peu apaisé, mais le suspense reste. - Les acteurs sont les nouveaux rhapsodes de l’antiquité. A l’époque, Homère était récité aussi. Aujourd’hui, les acteurs perpétuent cette magnifique tradition orale. Homère a de nouveau une voix, de diverses manières. Et puis, il y a aussi Lisbeth Gruwez, je suis très curieux de la voir.

Tu as traduit l’Iliade et l’Odyssée. Quelle différence y a-t-il entre ces deux livres ?
L’Iliade est le livre des biceps, mais Homère pénètre vraiment profondément dans la psyché de ces hommes. L’Odyssée, c’est plus le cerveau. C’est plus léger, ça parle plus aujourd’hui, aussi par le thème familier de l’errant qui rentre chez lui. J’ai traduit quasiment de la même façon. J’ai gardé le mètre éprouvé, c’est le choix des mots qui est parfois différent parce que les deux univers sont si différents.

Qu’est-ce que l’Odyssée peut nous apprendre aujourd’hui ?
Avant, l’Odyssée était souvent lu sous l’angle moralisateur. Je ne sais pas si c’est bien. Il faut en tout premier lieu d’abord profiter de l’histoire, des images, d’un personnage comme Eumée (le petit homme), Nausicaa (l’ado forte), Pénélope (la fidèle), Télémaque (qui devient adulte), Ulysse (qui persévère, qui dirige, qui souffre). Et puis, il y a les paysages aussi, la mer, les îles, avec des monstres et des femmes. ‘Apprendre’ ? Ça, ça se fait en passant, oui.

Patrick Lateur publie des recueils de poème, des traductions et des anthologies. Pour sa traduction en néerlandais de l’IliadeIlias, wrok in Troje, il a reçu le Prix flamand de la Culture pour la traduction. Cette année, c’est son Odyssée qui paraît : Odyssee, een zwerver komt thuis.