Les dramaturges urbains

Le KVS veut donner à ‘la ville’ une place de premier plan au centre de ses activités. Trois ‘dramaturges urbains’ feront le lien entre les scènes et les rues de Bruxelles. Trois questions à trois dramaturges de ville.

Comment voulez-vous donner à la ville une place dans les activités du KVS?
Kristin Rogghe: Comme dramaturges, nous opérons entre la réflection et la pratique. D’un côté, nous travaillons sur la ville concrète de Bruxelles, de l’autre, nous considérons ‘la ville contemporaine’ comme cadre conceptuel et point de départ pour des évolutions artistiques palpitantes. Nous sommes convaincus qu’il est essentiel d’investir dans les jeunes talents et dans les voix nouvelles. Et nous voulons faire des connexions avec des villes et des partenaires inspirants, d'ici et d'ailleurs, afin de stimuler l’échange artistique et partager le savoir-faire. 

Vous venez tous trois de structures différentes: Mestizo Arts Festival (MAF), Urban Woorden et t,arsenaal/ GEN2020. Quelles expériences voulez-vous approfondir au KVS? 
Gerardo Salinas: Au MAF, j’ai fait de la recherche sur la nouvelle urbanité une priorité: détecter de nouveaux langages artistiques et les faire dialoguer avec le canon dominant. Ce qui permet d’élargir le réseau des arts, le répertoire et le public. A Bruxelles, le KVS était le premier partenaire du MAF.  MAPping Bruxelles est un des résultats de cette collaboration.  
Tunde Adefioye: Si on veut vraiment faire quelque chose de valable, il faut partir du contexte social dans lequel vivent les artistes. C’est ce que j’ai appris notamment du directeur de théâtre, Augusto Boal, qui a monté au Brésil le Theatre of the Oppressed (Théâtre des opprimés), basé sur la théorie de la Pedagogy of the Oppressed (Pédagogie des opprimés) de son compatriote Paolo Freire. 
Kristin Rogghe: J’ai travaillé avec des artistes d’univers les plus divergents, avec des cadres de référence et des bagages culturels différents. Ce qui nous pousse à remettre en question des choses apparemment évidentes, d’où naissent de nouvelles façons de comprendre. Cela aussi, le théâtre peut l’offrir au public: un exercice de perspectives. 

Pourquoi est-ce justement si intéressant à Bruxelles? 
Kristin Rogghe: Les gens vivent de plus en plus dans les villes, et les villes deviennent de plus en plus diverses. Bruxelles, dans notre pays, c’est l’incarnation par excellence de cette tendance mondiale. 
Gerardo Salinas: C’est pour cela que Bruxelles a tout pour être une pionnière artistique. Artistiquement, Bruxelles, c’est the place to be. Je crois vraiment que nous sommes à la veille d’une nouvelle ère pour les arts. Nous visons un moment unique, dans un contexte de nouvelles technologies et de grandes vagues de migration. 
Tunde Adefioye: Dans le cadre de SLOW, je vais inviter des artistes urbains internationaux pour une résidence au KVS, pour travailler dans et sur Bruxelles avec des Bruxellois. Je m’engage au KVS tout en sachant que tout ce que je pense savoir sur Bruxelles n’a en fait pas vraiment d’importance. Ce qui compte, c’est ce que Bruxelles et ses habitants peuvent nous apprendre, à moi, à chacun de nous. Je m’efforcerai d’utiliser les nombreuse langues de la ville pour veiller à ce que les artistes trouvent leur propre force pour porter leurs histoires vers l’extérieur.