Lisbeth Gruwez & Penelope

Lisbeth Gruwez : « Pénélope attend, elle est aux prises avec le temps et le désir. Son mouvement est celui de l’inertie. »

Aussitôt que la violence verbale des 24 hommes qui racontent l’Odyssée a fini de déferler sur scène, Lisbeth Gruwez répond sans paroles et dans la plus grande simplicité : vingt minutes durant, elle danse toutes les femmes que l’Odyssée passe sous silence et donne ainsi la réplique à tous ces hommes.

C’est la première fois que Voetvolk crée une œuvre sur commande, en l’occurrence à la demande du KVS. La contribution de la compagnie au projet Odysseus est un épilogue : une note de bas de page de Voetvolk. Aussi le spectacle diffère-t-il à plusieurs égards de leurs propres productions, parmi lesquelles We’re pretty fuckin’far from okay, dont la première belge aura lieu le 9 février au KVS.

Lisbeth Gruwez souhaite doter Odysseus d’une fin ouverte en détournant la profusion verbale vers le point zéro de la verbalité. No trucare, niks foefelare (ni trucs ni astuces) : pour représenter l’attente de Pénélope, par exemple, elle se sert exclusivement de son corps.

« Pénélope attend, elle est aux prises avec le temps et le désir. Son mouvement est celui de l’inertie », fait remarquer Lisbeth Gruwez. À cette combinaison unique de mouvement et d’immobilité, elle donne la forme d’une spirale : une figure à la fois finie et infinie. Son intention est de ne pas concevoir le temps de manière linéaire, mais circulaire.

Car : « le cycle de violence que représente l’Odyssée a-t-il jamais pris fin ? » Telle est la question fondamentale de l’épopée selon Lisbeth Gruwez qui fait une lecture de l’ensemble comme d’un éternel retour de la violence (masculine) : un cycle d’essais et d’erreurs, d’attaques et de récidives.

Dans cette interprétation, Pénélope – et par extension la femme – symbolise l’engagement et la réconciliation, alors que l’idiome masculin de gloire et d’héroïsme ne sème que la discorde.
Mais outre la Pénélope fidèle et casanière, tant d’autres femmes ont voix au chapitre, même sans paroles. Lisbeth Gruwez tente de faire émerger aussi bien la femme fatale que le garçon manqué. Les nymphes et les sirènes, Calypso et Circé. Elle veut agrandir et manifester les aspects les plus variés de la féminité contenue dans son corps.

Elle le fait comme toujours sous la direction de Maarten Van Cauwenberghe, son partenaire attitré au sein de Voetvolk, qui a composé la musique soutenant et attaquant à la fois le solo de Gruwez, comme une sorte de contrepoint. Ensemble, ils désirent figer le temps (d’un instant).