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Nachtelijk Symposium

Mesut Arslan / KVS & Platform 0090

Une mère, trois fils et un père absent suivent ensemble les mouvements de toupies tournoyantes dans une installation en bois de l’artiste plasticien Lawrence Malstaf : dans la nouvelle production du KVS, Nachtelijk Symposium, le metteur en scène Mesut Arslan explore les limites de la communication.

Linéaire vs circulaire
Mesut Arslan part en quête de la différence entre la vie linéaire et circulaire : « Linéaire, c’est le statique, le rationnel, c’est-à-dire penser, planifier, ordonner, catégoriser, faire des choix délibérés. Circulaire, c’est plutôt le cœur, l’intuition, l’émotion, l’inconscient et le mouvement. »

L’un n’est pas mieux que l’autre. Il s’agit de les utiliser simultanément. Trop souvent, c’est l’un ou l’autre. Les nomades, par exemple, se meuvent de manière circulaire. Quand il fait froid ici, ils s’en vont là-bas. »

« Les gens ont évolué de créatures circulaires à des êtres linéaires », dixit Mesut Arslan. « C’est la conséquence du bien-être, de la prospérité, de toujours vouloir aller plus loin, d’aspirer au progrès. Nos besoins, nos instincts, nos émotions sont cependant circulaires. La faim, le sommeil, la libido : ces besoins reviennent toujours. La prospérité ne nous aide pas à les combler. Elle nous permet de vivre plus confortablement, mais nous a aussi fait perdre notre besoin de rêver. L’être humain a aussi bien le circulaire que le linéaire en lui, mais en Occident, nous avons quelque peu perdu l’équilibre entre les deux. La Belgique se situe à l’extrémité de la pensée linéaire. Tout planifier. La raison domine. »

Si beaucoup de mots sont prononcés dans Nachtelijk Symposium, très peu de choses sont dites. Tout se déroule de manière sous-jacente, entre les lignes, entre les mots. « En Occident, nous – donc moi aussi – avons placé notre pensée sur un axe linéaire. Nous nous tenons à une ligne du temps parfaitement droite. Ce faisant, nous refoulons beaucoup d’émotions et ne suivons plus nos intuitions. Le texte est linéaire. Ce qui se joue en dessous est circulaire. Je maintiens la linéarité du texte, mais j’ouvre des espaces circulaires tout autour », nous explique le metteur en scène.
Le décor en bois, les toupies, le public – qui forme un cercle autour de l’arène – percent le jeu linéaire. En optant pour cette installation de toupies virevoltantes comme décor, Nachtelijk Symposium devient bien plus pour le spectateur qu’un spectacle à regarder et à écouter : la tragédie se mue de la sorte en rituel quotidien.

Héros vs anti-héros
We don’t hate Mondays, we hate capitalism. 
Mesut Arslan : « La pièce s’articule autour d’un père absent qui maintient sa famille sous son emprise avec une poigne de fer, mais il n’apparaît qu’à la fin de l’histoire. Ce n’est pas un phénomène flamand, mais universel. Qui lit le texte se dit d’emblée que le père est l’homme le plus détestable au monde. Moi, je le vois différemment. Les films hollywoodiens traitent de héros et d’anti-héros. Pas moi. Au travers de l’Histoire, les systèmes ont causé plus de préjudices aux êtres humains que les êtres humains eux-mêmes. Voilà ce que je cherche à mettre en évidence dans cette production. »

Nachtelijk Symposium est la première production du KVS de Mesut Arslan et s’inspire du texte éponyme du metteur en scène et auteur de théâtre primé Eric De Volder (†2010).

Mesut Arslan est aussi l’initiateur de Platform 0090 et il a participé au spectacle Kamyon.

Ce texte contient des citations extraites de l’interview de Tuur Devens pour la revue Akrostis (premier trimestre 2017).

Bio

Mesut Arslan
Le metteur en scène et créateur de théâtre Mesut Arslan a grandi à Izmir, en Turquie. À l’âge de vingt ans, il prend l’avion pour la Belgique, tout seul. Au bout de quelques années, il se consacre au théâtre et fonde sa propre compagnie, Anatolië Theater Groep (ATG), avec laquelle il obtient surtout du succès auprès de la communauté turque. Lentement, il se forge un style bien à lui et évolue vers un langage visuel qui intègre la langue de manière expérimentale. Des collaborations avec des artistes plasticiens comme Lawrence Malstaf sont un élément récurrent qui caractérise son œuvre.

ATG devient Onderhetvel. Avec cette compagnie, il crée une adaptation de Kamer en de man (Chambre et l’homme) de l’auteur et metteur en scène flamand Eric de Volder. Parallèlement, il fonde Platform 090, un atelier et une plaque tournante de recherche, d’expérimentation, de création et de présentation d’art multidisciplinaire avec des références au « Moyen Occident ». Pour sa première création au KVS, Mesut Arslan revient à son héros du théâtre, Eric de Volder, et s’attaque à Nachtelijk Symposium (Symposium nocturne).
 

Eric De Volder
Eric De Volder (1946-2010) est l’homme de théâtre flamand par excellence qui écrivait ses pièces, en concertation avec ses comédiens, dans une sorte de flamand qui n’en est pas. Son langage a quelque chose d’unique, un idiolecte tout à fait singulier, avec néanmoins une dimension universelle. Ses personnages sont maladroitement expressionnistes, râblés et tendres, raffinés et frustes. Ils tentent de conjurer la vie et la mort, subissent un rituel et se transcendent. Du théâtre originel comme rituel originel. De Volder était metteur en scène invité au NTGent et montait ses propres pièces avec sa compagnie Ceremonia. Il est mort en 2010, après la première de Woyzeck, une pièce toujours aussi actuelle deux siècles après son écriture.
 

Lawrence Malstaf
L’œuvre de Lawrence Malstaf (°1972, Bruges) se situe à la croisée du visuel et du théâtral. Il réalise des installations et des performances en mettant fortement l’accent sur le mouvement, le hasard, l’ordre et le chaos. Il crée de grands environnements mobiles, dans lesquels le visiteur fait souvent office de co-auteur. La physique et la technologie sont d’importantes sources d’inspiration pour son œuvre.

Lawrence Malstaf a remporté plusieurs prix internationaux, dans le domaine artistique, mais aussi dans celui des nouvelles technologies. Il est connu et reconnu dans le monde du théâtre et de la danse en tant que scénographe innovant. Il vit et travaille actuellement à Tromsø, en Norvège, et expose dans le monde entier. 

À propos de Lawrence Malstaf : à partir du 20 avril, à la CENTRALE for contemporary art, vous pouvez également aller visiter l’exposition Où sont les sons ? Where are sounds? avec des œuvres, entre autres, de Lawrence Malstaf.

Reviews

20.04.2017 - De Morgen - De moeder van alle miserie ****
23.04.2017 - De Standaard - Een poel van verzonken emoties

Credits

TEXTE Eric De Volder CONCEPT & MISE EN SCÈNE Mesut Arslan toupies & arène Lawrence Malstaf DRAMATURGIE Ata Unal scénographie Lawrence Malstaf, MERYEM BAYRAM conception LUMIÈRE Jan Maertens MUSIQUE & conseil de musique Eric Thielemans conception son Stijn Demeulenaere COSTUMES Johanna Trudzinski JEU Bernard Van Eeghem, Ina Geerts, Yves De Pauw, Lotte Diependaele, Gokhan Girginol & Junior Mthombeni ASSISTANCE à LA MISE EN SCèNE & surtitrage INGE FLORE STAGE DRAMATURGIE & MISE EN SCèNE CAGLA ÖZNACAR STAGE SCÉNOGRAPHIE DEFNE PARMAN STAGE régie d'acteurs ANAIS CIRIELLO directeur production JEAN SCHOLS technique lumières Marc De Boelpaep technique son MAX STUURMAN décor DANNY VANDEPUT habilleuse HEIDI EHRAHRT assistante production CINZIA MARONI traduction MONIQUE NAGIELKOPF (FR), TREVOR PERRI (EN) planning & logements WINNE JACOBS, KATHY VAN DEN BOSSCHE planning & diffusion SASKIA LIENARD PRODuction KVS & Platform 0090

Pictures

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