Lorsque le KVS a formulé un projet pour la période de subvention 2006-2009, il s’agissait d’une reformulation radicale des anciens piliers du théâtre urbain : la ville, le répertoire et la compagnie. Chaque pierre était inversée pour bâtir le nouveau projet du KVS : un projet artistique inclusif et généreux. Dans une infrastructure renouvelée au centre de Bruxelles, qui opte pour des histoires et des voix contemporaines qui sont aujourd’hui trop peu présentes dans la société et dans le théâtre. Dans cette optique, Bruxelles n’est pas uniquement le décor du théâtre, elle s’impose comme contenu et comme critère, non seulement dans son potentiel multicolore, multilingue et joyeux, mais aussi dans toute sa division, qu’elle soit communautaire, sociale et économique.
Notre programmation dans tous ses aspects (production et réception, multimédia) se fonde sur un dialogue commun au sein d’une compagnie multifonctionnelle où l’artiste individuel entretient un rapport productif à un contenu partagé.
En arrière-plan, le désir de donner une fois par an à chaque Bruxellois une bonne raison de venir au KVS est bien présent. Nous voulons effectivement créer un lieu dans cette ville divisée qui n’appartienne pas à une seule classe, à une seule culture, à une seule expression mais un lieu auquel tout le monde peut s’identifier. Les Bruxellois n’ont pas de passé en commun, mais ils peuvent bâtir un avenir commun. Le KVS veut être l’endroit où cet avenir s’imagine.
Le KVS n’abandonne pas la Flandre, c’est clair. Depuis l’inauguration de la nouvelle infrastructure, le public venu de Flandre est en constante augmentation : il constitue désormais plus de la moitié du public du KVS. Et nous entretenons des liens artistiques forts avec la Flandre, entre autres par le biais de collaborations avec d’autres théâtres urbains. Nous partageons l’intérêt de Toneelhuis pour certains artistes (Bart Meuleman, Olympique Dramatique) et nous soutenons également des artistes (Benjamin Verdonck). Ce faisant, des coproductions émergent tout naturellement. Nous partageons également l’intérêt de NTGent pour le parcours des Enthousiasten.
Les points de départ du projet dont le KVS a jeté les fondations pour 2006-2009 conservent aujourd’hui toute leur actualité. Les plans pour 2010-2013 reposent et s’élaborent sur les mêmes fondations.
Nous optons en partie pour la continuité, parce qu’à Bruxelles, rien n’est acquis – même si le secteur culturel a lancé un appel prometteur en concluant un accort culturel entre des organisations francophones, néerlandophones et multicommunautaires, le KVS était de la partie. Nous optons également pour la continuité parce que le parcours accompli fourni des résultats artistiques de qualité, avec des moments forts comme Singhet ende Weset vro, Nine Finger, Onschuld, Global Anatomy et Missie en 2006, 2007 et 2008.
Parallèlement, nous libérons de l’espace pour de nouveaux accents évidents et essentiels.
Nous voulons nous engager plus fermement dans le travail avec la ville (et donc pas seulement sur ou pour la ville) : productions artistiques, avec des partenaires petits (Union Suspecte et le projet des Croisades) et grands, et des projets ambitieux concernant le bâtiment rénové du KBS dans la rue de Laeken joueront un rôle dans ce volet.
Ensuite, nous élaborons deux trajets internationaux, sous forme d’une collaboration et d’un échange avec le Congo (>> en savoir plus) et la Palestine (>> en savoir plus). Ces trajets sont réellement novateurs dans l’histoire du théâtre flamand. Notre activité comporte donc une nuance plus locale et une nuance plus globale.
Apporter notre soutien, de manières diverses, aux parcours d’artistes apparentés reste crucial. Conjointement à l’investissement soutenu dans une équipe artistique élargie au sein de la maison et dans le trajet de Benjamin Verdonck, nous choisissons de soutenir, en collaboration avec le Théâtre National, une partie du parcours d’un artiste qui ne figurait pas encore dans notre programmation jusqu’à ce jour, à savoir Josse De Pauw.
Autre priorité : planifier des séries de représentations systématiquement plus longues sur nos scènes. Nous voulons ainsi chaque saison, et si possible pour chaque production, toucher des publics plus variés, si possible nouveaux, par le répertoire contemporain que le KVS tente de mettre sur pied à Bruxelles. Ces publics nouveaux sont essentiels pour le KVS et pour notre secteur.
Et pour finir, nous sommes de nouveau présents hors de Bruxelles, grâce à une diffusion méticuleuse. Pour la première fois depuis longtemps, le KVS se produit en Flandre, chez les collègues de Toneelhuis et de NTGent, qui à leur tour viennent jouer au KVS chaque année. Mais nous jouons nos œuvres également hors du ‘triangle d’or’ Bruxelles-Anvers-Gand.
SAISON 2009-10
Less is more
& trop is te veel
Contre toute attente, la nouvelle affectation des subventions dans le cadre du Décret des Arts n’a pas débouché sur un scénario de baisse. C’est étonnant. D’autant plus en une période où La Crise sert d’expédient pour toutes sortes de décisions, de réduction des dépenses, douloureuses et nécessaires, voire de maximalisations criminelles des profits. C’est étonnant et encourageant.
Avait-on épargné sur les deniers des Arts que personne, probablement, n’aurait cillé, en effet: en ces temps de crise, tout le monde ne doit-il pas se serrer la ceinture? Pourtant, personne ne peut se bercer de l’illusion que cette question ne sera plus à l’ordre du jour les prochaines années. Une époque difficile nous attend, il va falloir poser des questions douloureuses et y répondre.
Le KVS n’est pas ressorti mal loti de l’attribution des subventions. Toutes les autorités publiques, la Communauté flamande, la Commission communautaire flamande et la Ville de Bruxelles, ont renouvelé leurs engagements avec notre théâtre urbain bruxellois plurilingue et interculturel. Il n’empêche pourtant que ces engagements ne suffiront pas pour poursuivre en l’état les activités des années écoulées.
Dans le domaine de l’exploitation, par exemple, nous constations les frais supplémentaires dans notre nouvelle grande infrastructure. En outre, c’est à peine si l’augmentation des moyens de la part de la Communauté flamande s’aligne sur l’indexation de l’année passée. Donc, si à première vue on dirait qu’il y a plus d’argent pour le KVS, en réalité, nous ne sommes pas à même de maintenir notre norme et nous serons contraints de cibler davantage nos investissements sur nos priorités.
La programmation du KVS restera variée, dynamique, de qualité et accessible, mais nous nous approprierons le principe ‹le moins devient un plus›. Même si cela ne vous frappera pas forcément quand vous parcourrez l’aperçu de cette saison.
Parallèlement, le KVS tient à continuer à jouer un rôle dans le débat social sur la tâche et l’importance d’un secteur culturel fort dans notre société. Et surtout: sur la pertinence d’un soutien substantiel à long terme de la part des autorités publiques de ce secteur. Soyons clairs: nous sommes convaincus que les acteurs culturels sont des citoyens comme les autres et qu’ils doivent assumer leurs responsabilités au moment où chacun dans notre société est contraint à des restrictions. Mais on ne peut utiliser cette crise comme un prétexte pour remettre fondamentalement en cause ou éliminer les subventions vitales des artistes, au sens large du terme. C’est précisément maintenant que ces artistes sont plus nécessaires que jamais. Que ce soit au Congo, à la Nouvelle Orléans, après le passage de l’ouragan Katrina, ou à Bruxelles au moment où toute l’Europe est plongée dans une profonde dépression économique, les artistes sont toujours des acteurs essentiels pour permettre un nouveau début et une reconstruction. C’est donc justement maintenant qu’il faut investir dans la culture. Le marché aussi a son rôle à jouer. Mais ce rôle sera limité. Des œuvres rebelles, audacieuses et fragiles se distinguent à beaucoup d’égards sociaux, mais pas parce qu’elles rapportent des gains financiers. Dans ce domaine, les Etats-Unis sont un bon exemple qui a beaucoup à nous apprendre. Même des opéras et des orchestres classiques souffrent durement de la crise, des œuvres fragiles pour la scène n’ont déjà plus du tout leur place. Pour un tel paysage, nous disons merci. La politique flamande de subventions a obtenu des résultats allant de bons à très bons, en termes d’accomplissements artistiques, d’emplois et de participation du public. La réflexion et la correction ont toujours du sens, à condition qu’elles conduisent finalement à étayer la politique appliquée et non à la démolir. Nous devons prendre grand soin de ce qui a été construit au cours de ces 20 dernières années.
Dans la brochure de saison (download), vous trouverez des infos détaillées sur les artistes et les projets dont nous considérons qu’ils ont une place importante à Bruxelles la saison prochaine. Des artistes qui peuvent faire toute la différence dans cette ville, des projets qui, en temps de crise, peuvent pointer en direction du renouvellement et de la réinvention ou de la continuité et de la consolidation. Nombre de ces projets naissent au sein de la compagnie du KVS: Ruud Gielens, Guy Dermul, Hildegard De Vuyst, Mieke Verdin, David Strosberg, Willy Thomas, Ivo Kuyl et Raven Ruëll. Parallèlement, beaucoup d’autres artistes seront présents: Wim Vandekeybus, Mauro Pawlowski, Johan Heldenbergh, Olympique Dramatique, Josse De Pauw, Bruno Vanden Broecke, Bart Meuleman, Peeping Tom, Benjamin Verdonck, Faustin Linyekula, Fabrizio Cassol, David Van Reybrouck, Lemi Ponifasio et Koenraad Tinel, pour n’en citer que quelques-uns.
Avec tous ces artistes, nous voulons, au KVS, continuer à travailler pendant les années qui viennent sur la ville et la société de demain et continuer à réfléchir sur les dimensions et l’horizon de notre vie. Il nous faudra sans aucun doute faire preuve d’inventivité et de flexibilité, et tous nos rêves ne seront pas réalisés. Mais nous croyons dur comme fer aux nouvelles situations et aux possibilités inconnues que nous explorerons avec ces artistes au cours de la saison 2009-10 et des années à venir.
Jan Goossens, directeur artistique du kvs
SAISON 2007-2008
Une maison de quartier pour la ville et le monde
Pendant la saison 2008-2009, le KVS vous donne de nouveau toutes sortes de bonnes raisons de venir faire un tour rue de Laeken et au quai aux Pierres de Taille. Du théâtre néerlandophone et francophone de Belgique, du théâtre international d’Europe, du Moyen Orient et du Congo, beaucoup de danse, des concerts, des débats et des soirées, et j’en passe. Un nouveau cocktail hybride d’artistes et de visions, de langues et de cultures, de disciplines et de styles, et, nous l’espérons, aussi de spectateurs et de publics.
Plus que jamais, nous sommes aujourd’hui convaincus que le KVS ne doit pas se raccrocher à un passé dont on peut se demander s’il a réellement existé. Le KVS ne veut pas être le pilier flamand du théâtre national flamand, lequel s’est assigné pour tâche primordiale de créer des productions prestigieuses d’un répertoire exclusivement néerlandophone, pour un public exclusivement néerlandophone. Le KVS est et reste un théâtre flamand, mais sans crispation: en toute ouverture et en toute conscience. Le KVS se positionne donc dans la ville de Bruxelles, avec ses nombreuses communautés, et dans le monde, car des lignes directes partent de Bruxelles vers le reste de l’Europe, vers le Congo, vers la Palestine.
Est-ce là un projet artistique? Certainement. Guy Dermul, Hildegard De Vuyst, Ruud Gielens, Nedjma Hadj, Ivo Kuyl, Raven Ruëll, David Strosberg, Willy Thomas et Mieke Verdin le façonnent chaque jour. Des artistes comme Benjamin Verdonck, lui aussi membre de l’équipe du KVS, et le Finlandais Kristian Smeds, Tom Lanoye, Wim Vandekeybus, Alize Zandwijk, le Congolais Faustin Linyekula et Alain Platel lui apportent en 2008/09 leur contribution essentielle. Mais c’est bien un projet artistique dans lequel la création et la découverte de nouveaux répertoires passent avant la répétition et la conservation de ce qui existe déjà, dans lequel une diversité de visions artistiques remplace un seul et unique fil conducteur, et dans lequel amener de nouveaux publics à se côtoyer est aussi important qu’être aux petits soins pour le fidèle public du KVS. Cela va de soi – heureusement: ce projet artistique a aussi une dimension sociale très solide car tous les artistes qui oeuvrent chez nous ne travaillent pas à partir d’une autonomie sans substance, non, ils ont nécessairement un rapport à leur propre communauté et à d’autres. Le KVS ne veut donc pas être uniquement un théâtre pour des artistes et des spectateurs flamands, mais aussi un lieu de rencontre pour toutes sortes de gens, qui vivent encore toujours et peut-être toujours plus les uns avec les autres dans cette ville.
Les nouvelles productions du KVS cette saison vous sont détaillées dans ces pages, vous y trouverez toutes les informations nécessaires. Les créateurs, acteurs et chorégraphes que j’ai nommés plus haut se lancent dans des thèmes et des contenus très divers: la vie et l’œuvre de l’auteur bien belge Georges Simenon, l’Europe, les jeunes dans notre ville et dans notre société, ce qui les fait avancer, le rôle de la musique populaire dans le Congo d’aujourd’hui, pauvre et déchiré. Et puis, certains metteurs en scène s’attaquent à de grandes pièces, e.a. de Max Frisch et de Dea Loher. Nous entretenons aussi avec soin le nouveau répertoire que nous avons disséminé de par la ville et le monde ces dernières années: Singhet ende weset vro, Nine Finger, Kroum, Global Anatomy, Missie, Onschuld, MENSKE et Spiegel seront de nouveau à l’affiche à Bruxelles, mais aussi dans le reste de la Belgique et à l’étranger. Enfin, le KVS reste une maison ouverte qui accueille d’autres compagnies et artistes comme Toneelhuis, NTGent, Tg STAN, Les Ballets C. de la B., Peeping Tom, mais aussi Rabih Mroué de Beyrouth et offre une place privilégiée à des collaborations avec des partenaires bruxellois ou autres comme Het beschrijf, Ars Musica, le Théâtre National, het Kunstenfestivaldesarts et Behoud de Begeerte.
Nous espérons également attiser votre intérêt pour plusieurs ingrédients originaux de notre programmation. Septembre verra la deuxième édition de Toernee General, où le KVS et le Théâtre National font découvrir à leurs publics des moments forts ‹de l’autre côté de la frontière linguistique›. Surtout en cette époque communautaire précaire, la collaboration avec nos voisins francophones à Bruxelles et en Wallonie demeure une priorité absolue; l’accord du KVS avec le journal Le Soir est, dans le même ordre d’idées, un pas crucial.
Le KVS veut investir à nouveau et davantage dans des collaborations avec des personnes et des groupes de personnes de la ville de Bruxelles, dans les an nées à venir. La production Gewonnen brood/Pain perdu cadre tout à fait dans cette optique, et par ailleurs, d’autres plans nous tiennent à coeur, ils concernent le bâtiment historique du KVS dans la rue de Laeken. Ce bâtiment est trop souvent fermé à notre goût: nous voulons également le rendre accessible pendant la journée, en collaboration avec toutes sortes d’organisations bruxelloises. Vous pouvez vous attendre aux premiers résultats pour Noël.
Benjamin Verdonck, dont le parcours est soutenu par le KVS, Toneelhuis et Campo, ne crée pas de nouvelle production la saison prochaine. Pendant toute l’année 2009, il se concentre sur des interventions dans les villes où il habite et travaille. Vous le croiserez donc régulièrement à l’extérieur du KVS, mais toujours à Bruxelles.
Autre aspect en évidence dans cette brochure: le KVS repart en tournée. Nous partons en Flandre, et à Mons et à Charleroi. Nous jouons dans des pays voisins et dans des régions moins évidentes, comme les Balkans. Nous restons un ‹moteur› important pour des formes ‹différentes› mais très nécessaires de collaboration internationale, par exemple avec le Congo et la Palestine. Vous en verrez régulièrement les fruits dans notre programmation bruxelloise.
Vous le constatez, le KVS vous propose de nouveau la saison prochaine un menu alléchant de diversité. Nous espérons seulement que toutes les autorités respecteront leurs engagements financiers. L’équipe du KVS a prouvé ces dernières années qu’elle n’a pas les yeux plus grands que le ventre et qu’elle peut réaliser des finances saines. Mais si les autorités rompent unilatéralement leurs engagements concernant les moyens de fonctionnement et d’exploitation, nous sommes impuissants et contraints de nous contenter de poser des emplâtres sur des jambes de bois.
Le KVS, une maison de quartier? Je l’espère réellement. Bruxelles a grand besoin de maisons de quartier animées où dialogues et rencontres sont possibles, à l’écart des agendas politiques et communautaires. Mais c’est une maison de quartier avec un cœur artistique qui bat la chamade et des ramifications dans le monde entier. Nous espérons pouvoir vous accueillir cette saison encore, les bras grands ouverts et avec grand plaisir.