Depuis 2006, en collaboration avec les ballets C de la B et Plek vzw, le KVS, s’attache à la construction d’un parcours dans les Territoires occupés qui s’appuie sur un échange artistique avec une nouvelle génération d’artistes de scène palestiniens. Différentes étapes ont d’ores et déjà été franchies : reconnaissance et formulation du projet PASS en 2006, deux ateliers de longue durée à Birzeit (Cisjordanie) en août 2007 et en mai 2008, séjour en Belgique de 5 touristes artistiques à l’automne 2008.
La Palestine n’offre aucune formation de théâtre ni de danse. Les compagnies existantes sont des ONG dont le financement dépend de bailleurs de fonds étrangers et de leurs agendas. La plupart du temps, l’art doit servir la politique. Pourtant, l’aspiration à une expression autonome est considérable, comme en témoigne l’explosion de la production de vidéos et de films contemporains. PASS a pour objectif de donner à chaque artiste de scène les instruments dont il a besoin pour réaliser des créations autonomes. PASS ouvre des horizons artistiques aux « créateurs » débutants, au moyen d’ateliers multidisciplinaires de longue durée réunissant danse et théâtre. Les participants sont des artistes débutants de toutes origines sociales, susceptibles de devenir à l’avenir les moteurs de « représentations », que ce soit en tant qu’écrivains, dramaturges, metteurs en scène, chorégraphes, acteurs, danseurs ou décorateurs/stylistes.
PASS est un accord de coopération entre les organisations belges susmentionnées et la Qattan Foundation à Ramallah. La coordination est assurée par la dramaturge du KVS, Hildegard De Vuyst, qui travaille en étroite collaboration avec Mahmoud Abu Hashhash, chef du département Culture et Arts de la Qattan Foundation ainsi qu’avec le mentor palestinien du projet, François Abu Salem, ancien directeur artistique d’El Hakawati.
2007 >> PASS / Part I
Pour le premier atelier (PASS/Part I), organisé dans un ancien pensionnat pour filles situé dans le petit village de Birzeit en Cisjordanie, les participants ont été sélectionnés sur la base d’un questionnaire diffusé par la Qattan Foundation. Une cinquantaine de candidats y ont répondu et ont été ensuite invités à passer un entretien. À l’issue de ces entretiens, quinze participants ont été retenus. Ils étaient originaires de différents coins de Palestine, de Jénine à Bethléem, d’Um Al Fahem (IL) à Naplouse, de différentes couches sociales et artistiques. Leur niveau d’expérience en arts de la scène allait du semi-professionnel (El Funoun, le Cirque palestinien) au néophyte, en passant par l’amateur. Tous les participants ont ressenti cette diversité comme un atout. Les organisateurs espèrent encore renforcer cet aspect à l’avenir en accueillant des participants de Gaza.
PASS/Part I a duré trois semaines. La première semaine a été consacrée au jeu de scène et au texte (Bart Danckaert et Joris Van den Brande de l’asbl Plek) ; la deuxième semaine, à la danse et au mouvement (avec Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero de Les Ballets C de la B). La troisième semaine a été centrée sur les projets des participants (avec Bart Danckaert, Hildegard De Vuyst et François Abu Salem). Le texte qui a servi de point de départ était tiré de « Combat de nègre et de chien” de Bernard Marie Koltès, et plus précisément de ses trois premières scènes traduites en arabe par François Abu Salem. Au cours de la troisième semaine « individuelle », le travail a surtout consisté à exploiter les acquis et les matériaux des deux premières. Huit participants ont été retenus à l’issue de ce premier atelier pour poursuivre le travail.
2008 >> PASS / Part II
PASS/Part II a duré deux semaines, à cheval sur avril et mai 2008, sous les auspices du danseur et chorégraphe Tarek Halaby, d’Hildegard De Vuyst et de François Abu Salem. Tarek Halaby est un Américano-palestinien diplômé de PARTS. Il vit en Belgique et entretient des liens avec l’atelier de danse WP Zimmer. Sur invitation, de nouveaux participants (dont trois femmes) sont venus renforcer la sélection de Part I. Cette fois-ci, ce sont les quatre premiers chapitres de l’œuvre en prose de Mahmoud Abu Hashhash qui ont servi de base. Ces textes ont été écrits en arabe mais sont disponibles également dans leur traduction française sous le titre “Ramallah mon Amour”. Grâce à leur choix individuel de certains fragments de texte, les participants ont chacun développé un personnage / une histoire dont ils ont ensuite remplacé le texte par des mouvements, jusqu’à ce que ne subsiste plus qu’un solo dansé de contenu "équivalent".
2008 >> "TOURISTES ARTISTIQUES" >> PASS / Part III
À l’automne 2008, la Communauté française a patronné une saison palestinienne à Bruxelles et en Wallonie intitulée « Masarat ». Fabienne Verstraeten, coordinatrice, a composé un programme fait de films et de vidéos, d’arts plastiques, de littérature et d’architecture. Les arts de la scène n’y étaient quasiment pas représentés (à l’exception d’un solo de François Abu Salem). Il s’est cependant avéré que Masarat était disposée à co-investir dans la trajectoire réalisée par plusieurs jeunes artistes de scène dans le cadre de PASS. En effet, les participants ont tout intérêt à se confronter aux pratiques et impulsions artistiques extérieures à la Palestine. Le climat artistique sous l’occupation israélienne se caractérise par l’isolement ainsi que par un besoin, tant nécessaire politiquement qu’étouffant artistiquement, d’unité palestinienne. C’est pourquoi Masarat a invité cinq participants de PASS/PART II à Bruxelles sous le statut de « touriste artistique » : Maher Shawamreh, Ahmad Tubassi, Muhammad Haj Daoud, Zeena Zarour, Adham Nu’man.
Le KVS a hébergé les jeunes Palestiniens, le coordinateur De Vuyst a composé un programme d’un mois comprenant ateliers, stages de visionnage, représentations et discussions. PASS/PART III comprenait aussi un atelier collectif avec la metteuse en scène et chorégraphe Isabella Soupart (remerciements aux Halles de Schaerbeek) qui a travaillé avec les touristes artistiques sur la base de fragments filmés.
2009 >> IN THE PARK
Un workshop a eu lieu durant l’été 2009 avec Koen Augustijnen, Rosalba Torres Guerrero et Hildegard De Vuyst à Birzeit (Palestine). Il était centré sur la danse et le mouvement. Pour la première fois, le travail des 10 participants (anciens et débutants) était orienté vers une représentation. Le contact avec le public, jouer et partir en tournée, tout cela fait partie du travail (de conception) d’un artiste de scène.
En l'espace de 4 semaines, le spectacle 'In the Park' a été mis sur pied:
Hildegard De Vuyst (dramaturge au KVS) raconte ses expériences au Palestine et au Congo pendant l'été 2009 dans le KVS Express d'octobre-novembre.
>> lire l'article ici (pdf)
regardez ici des extraits vidéo du spectacle:
Regardez ici la version longue (10 min.) de ce vidéo.
2010 >> 2011
Dans le KVS Express de février, Hildegard De Vuyst esquisse cinq ans d'action et évoque des moments marquants.
>> lire l'article ici (pdf)
Pour 2010, des contacts ont déjà été noués avec l’auteur de théâtre français d’origine algérienne Mohamed Kacimi. Il connaît la région comme sa poche (lisez sa « Terre Sainte ») et aime écrire avec les acteurs pendant les répétitions. Ces quatre semaines devraient donc s’orienter avant tout vers le texte et le jeu de scène.
2011 >>DALIA TAHA
DECOUVERTE DE DALIA TAHA/DALIA TAHA DECOUVRE LE THEATRE
— MOHAMED KACIMI
J'ai été sollicité en 2010 par le KVS pour animer un atelier d'écriture dramatique à Ramallah, dans les territoires palestiniens. Le voyage commence toujours à l'aéroport Ben Gourion, de Tel Aviv. Ce jour-là, j'arrivais avec un passeport recouvert de visas du Yémen, de Syrie, d'Egypte, d'Algérie, du Maroc, de Tunisie et quand l'agent de sécurité m'a posé la question : " Que venez-vous faire en Israël ", j'ai failli lui dire la vérité :
" Je suis auteur algérien de nationalité française, je suis francophone mais à l'origine arabophone, et je me rends dans les territoires palestiniens à la demande d'un théâtre flamand de Bruxelles pour former de jeunes auteurs palestiniens à écrire du théâtre en arabe dialectal qui sera mis en scène à Bruxelles par un metteur en scène flamand avec une équipe mixte de Palestiniens, de Flamands et de Francophones ". Mais je me suis rendu compte très vite que cette stricte vérité était trop compliquée pour un policier israélien, alors j'ai répondu : " Je viens en Israël pour visiter Jérusalem ". Jérusalem c'est complexe, mais moins compliqué que les projets du KVS ! L'agent de sécurité, une belle Sépharade, m'a fait un grand sourire et a donné un grand coup de tampon sur mon passeport : " Welcome to Israël ! ".
L'atelier se déroule à Birzeit, une très charmante bourgade, située sur les hauteurs de Ramallah, peuplée de chrétiens, on y trouve une pharmacie, un salon de coiffure, un épicier et même un restaurant. Nous sommes logés dans un ancien immeuble qui a jadis acceuilli des étudiantes de l'université de Birzeit, se composant de trois étages, et entouré d'un grand jardin. Les nombreuses chambres sont équipées de lits de camp, on n'y trouve ni draps, ni couvertures, ni chauffage, ni eau chaude. Notre atelier comptait des Palestiniens venus de tout le pays, ceux des territoires, c'est à dire de Cisjordanie, et ceux de l'Intérieur, comme on dit, c'est à dire des Arabes israéliens. Ils étaient pour la plupart journalistes, romanciers ou poètes mais personne n'avait essayé l'écriture dramatique. L'enjeu était de leur faire voir les exigences de l'écriture théâtrale qui n'est ni narration, ni poésie, mais toute faite d'action. Une écriture qui doit se traduire non en idée mais en acte immédiatement. Il faut dire que cette tradition est encore plus que balbutiante dans le monde arabe où le théâtre reste une sorte de longs monologues qui reposent essentiellement sur l'adresse au public.
Ecrire pour le théâtre suppose faire table rase de tout. Ecrire pour le théâtre, c'est transgresser le monde.
Le plus difficile était de convaincre des auteurs de renoncer à l'arabe classique, langue de la littérature et de la religion, pour opter pour l'arabe dialectal palestinien plus proche du réel, plus ancré dans la vie de tous les jours. Comment admettre qu'un beau texte ne puisse pas donner une belle scène ? Comment renoncer à l'idée que l'écriture n'est pas inspiration mais construction, répétition, effacement et tâtonnement sans cesse répété jusqu'à ce que le mot juste touche justement le corps du comédien ? Nous avons passé plus de deux semaines à essayer, puis à effacer, à écouter puis à oublier, à expliquer la nécessité d'avoir le courage de toujours reprendre les choses, de toujours accepter de renoncer à ce qu'on écrit du premier jet pour attendre le troisième ou le centième. Avec Hilegard De Vuyst et Bart Danckaert, je peux dire que certaines de nos nuits à Ramallah étaient loin d'être tranquilles...
A la fin de la deuxième semaine, la plus jeune participante au stage vint nous voir pour nous présenter le texte On va baiser (repris dans ce livret sous le nom Les lunettes vertes, ndlr). Une première lecture en arabe nous fit l'effet d'une explosion, laissa tout le groupe pantois, personne ne comprenait ce qui se passait, d'où lui venait cette violence, cette impertinence, et surtout ce sens de la concision extraordinaire ? Il faut dire que Dalia Taha a déjà publié des recueils de poésie, remarqués par Mahmoud Darwich. Née à Berlin (en 1986 de deux parents palestiniens), elle a fait des études d'architecture et travaille aujourd'hui à Ramallah.
Le tour de force de Dalia Taha est bien sûr le recours à l'arabe dialectal, mais elle utilise aussi une langue qui va à l'essentiel, qui est essentielle. Par ailleurs, contrairement à ses aînés, Dalia Taha ne parle jamais ouvertement de l'occupation, elle ne dénonce pas d'une manière frontale la colonisation de sa terre et la situation carcérale qu'Israël impose impunément, absurdement, aux siens depuis plus de soixante ans. Non, elle nous parle d'autres choses, elle nous parle des brèches, des folies, des blessures que cette occupation provoque au plus intime de chaque être. L'occupation est là, en sourdine, derrière le dérèglement permanent du monde auquel sont soumis ses fantomatiques personnages, sans nom, sans identité, sans âge, sans terre à jamais. Son écriture qui se déroule au plus intime des personnages, nous fait sentir la grande absence d'horizon que vit tragiquement chaque Palestinien. Elle inaugure en même temps un chemin de femme inédit pour le théâtre arabe : un chemin de liberté absolue.
Dédié à Juliano Mer-Kamis, assassiné le 4 avril 2011 devant les portes de son Freedom Theatre à Jénine, et à François Abu Salem, fondateur de el-Hakawati et parain de PASS, qui s'est suicidé le 1 octobre 2011 à Ramallah.
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