Copyriot
Programme du soir
Dans COPYRIOT, le personnage principal, Gloria, croise sur son lieu de travail son propre double. Il s’agit d’une copie parfaite d’elle-même, à une différence près : cette réplique semble tout faire mieux qu’elle.

Collectif Krapp
COPYRIOT est la quatrième création de Krapp — le collectif théâtral composé de Mats Vandroogenbroeck, Nona Demey Gallagher et Timo Sterckx — et leur deuxième production en collaboration avec le KVS. En 2023, ils ont créé De Duivels / Les Diables, autour du procès en sorcellerie de Loudun. Comme toujours, ils collaborent avec de nouveaux interprètes extérieurs au collectif. Il s’agit ici d’Abigail Gypens et de Colette Goossens, qui partagent la scène avec Mats et Timo. Nona assure la mise en scène.
Krapp s’attache à l’écriture de nouveaux répertoires, précédée d’une recherche textuelle approfondie. À partir de matériaux littéraires et audiovisuels, le collectif crée de nouveaux récits qu’il façonne dans un langage formel singulier. Les membres de Krapp partagent une fascination pour le grotesque et le gothique, le magique et le monstrueux. Ils se sont ainsi déjà plongés dans les théories du complot, les créatures fantastiques du romantisme du XIXᵉ siècle et les exorcismes de l’époque moderne. Cette intense curiosité pour l’étrange et l’occulte ne donne toutefois pas lieu à un travail hermétique. À travers ces mondes magiques, Krapp cherche toujours à parler de manière accessible de son époque : un monde contemporain dans lequel la frontière entre vérité et illusion, entre théâtre et réalité, entre fait et fiction semble plus brouillée que jamais, avec toutes les conséquences que cela implique.
« Nous partageons une fascination pour le grotesque et une certaine forme de camp, que nous aimons intégrer à nos spectacles, sur le plan esthétique ou formel. Nous sommes attirés par l’excès, le théâtral, le grotesque et aussi, dans une certaine mesure, par une forme de mauvais goût. »
— Nona Demey Gallagher
COPYRIOT est une nouvelle tentative de regarder le « monstrueux » droit dans les yeux. Après avoir affronté, dans leurs œuvres précédentes, des cyborgs paranoïaques, des spectres gothiques et le Diable lui-même, Krapp s’attaque aujourd’hui au plus grand monstre de la modernité : le « moi ». Comme toujours, ils le font de manière absurde et magique.
Le double comme métaphore de nos
« vies non vécues »
« Nous avons le sentiment qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes ressentent la pression de leurs vies non vécues. Partout, on voit des versions de soi que l’on aurait pu être ; partout, il y a des opportunités d’auto-amélioration. Cette obsession pour une meilleure version de nous-mêmes nous rend solitaires — et c’est de cela que parle la pièce. »
— Nona Demey Gallagher
Krapp s’inspire très librement de la nouvelle Le Double de Fiodor Dostoïevski, publiée en 1846. Dans ce récit ancien, le double est utilisé comme métaphore d’une « vie non vécue ». L’être humain a toujours dû apprendre à vivre avec une multitude de vies imaginaires qu’il ne mène pas : des chemins impraticables, des bifurcations manquées, des occasions perdues. En ce sens, l’homme est défini autant par ce qu’il ne fait pas que par ce qu’il fait. Notre vie non vécue peut nous rendre mélancoliques, mais elle constitue aussi une force nécessaire qui façonne notre identité. Krapp actualise le récit de Dostoïevski et le place dans un cadre intemporel qui fait écho à notre monde contemporain.
« Je pense que cette anxiety, cette angoisse existentielle, nous a inspirés dans le récit de Dostoïevski, et que nous y percevons une actualité qui résonne peut-être encore plus fortement aujourd’hui. »
— Mats Vandroogenbroeck
Selon le psychanalyste Adam Phillips, nous vivons aujourd’hui dans un monde où une inflation frénétique de vies non vécues bat son plein. À travers la publicité, les réseaux sociaux et des formes intensives de thérapie, nous sommes constamment confrontés à des versions potentiellement meilleures, plus heureuses et plus réussies de nous-mêmes. Cela rend l’individu moderne incertain et, selon l’historien Christopher Lasch, cette crise identitaire donne naissance à un narcissisme tourné vers l’intérieur. Un sujet qui se perd de plus en plus dans un palais des glaces narcissique, où l’empathie envers « l’Autre » cède progressivement la place à des réflexions autobiographiques centrées sur le « moi ».
Avec COPYRIOT, Krapp tend au public un monde-miroir sombre et tragicomique, dans lequel tout se dédouble à l’infini et finit par s’étouffer en soi-même. Un monde où des récits de vie prétendument « uniques » sont sans cesse volés, copiés et parodiés. Car lorsque l’on est constamment poursuivi par toutes les autres versions de soi que l’on n’est pas, que reste-t-il encore de véritablement réel — et de véritablement sien ?
« Notre travail n’est pas nécessairement politique de manière frontale, mais il y a un sentiment viscéral sous-jacent qui dit quelque chose de notre époque. »
— Nona Demey Gallagher
Contrairement à leur précédente production plus sobre au KVS — De Duivels — Krapp revient avec COPYRIOT au style grotesque de ses premières créations. Tant dans la forme que dans le langage, le collectif explore des imaginaires absurdes et tragicomiques. Une scénographie surréaliste est déployée comme un paysage mental dans lequel le personnage principal tente de s’accrocher à son identité, tout en semblant littéralement se disloquer. Krapp propose ainsi un monde dérangeant, fait de dédoublements magiques, où le sens se dérobe parfois, et où une fin peut tout aussi bien devenir un commencement.

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Credits
CONCEPT Mats Vandroogenbroeck, Nona Demey Gallagher & Timo Sterckx (KRAPP) MISE EN SCÈNE Nona Demey Gallagher CAST Mats Vandroogenbroeck, Timo Sterckx, Colette Goossens, Abigail Gypens TEXTE Mats Vandroogenbroeck SCENOGRAPHY & COSTUMES Daniela ZorrozuaCONCEPTION SONORE Mozes Mosuse LICHTONTWERP Margareta Andersen DRAMATURGIEDina Dooreman RESPONSABLE DE PRODUCTION Ella De Gregoriis RÉGIE DE SCÈNE Caroline Wagner RÉGIE SON Bram Moriau RÉGIE LUMIERE Margareta Andersen CONSTRUCTION DE DÉCORS Danny Vandeput & Luc Vogelaerts SCULPTEUR Grégory Larroy STAGIAIRE COSTUMES & SCENOGRAPHY Aukje Bosmans STAGIAIRE ASSISTANT REGIE & DRAMATURGIE Anna May Christmas COMÉDIENS DE DOUBLAGE Mieke Verdin SURTITRAGE Inge Floré TRADUCTION Anne Vanderschueren (NL-FR) & Trevor Perri (NL-EN) IMAGE D'AFFICHE Alice Dooreman CONSEIL ARTISTIQUE Joachim Robbrecht PRODUCTION KRAPP & KVS COPRODUCTION Perpodium AVEC LE SOUTIEN DE The taxshelter of the Belgian federal government


















