
Une nuit blanche. Un reflet qui vous fixe du regard. Une journée qui se transforme peu à peu en cauchemar. Un monde où fiction et réalité s’entremêlent sans cesse, et où personne n’est jamais totalement indépendant du pouvoir, du désir ou des systèmes qui nous façonnent…
Bienvenue dans l’univers de Nona Demey Gallagher.
La saison prochaine, Demey Gallagher présentera trois spectacles au KVS (Copyriot, A Room of His Own et Don Quixote, Which Was a Dream), dans lesquels ses champs de tension récurrents prennent à chaque fois une forme différente.
Que signifie être humain dans un monde imprégné de structures de pouvoir ? Un monde où notre identité n’est jamais totalement indépendante des systèmes économiques, sexuels et idéologiques, et où les opinions tranchées sur ces conflits doivent céder la place à la nuance et à la réflexion critique ? Nona Demey Gallagher ne cherche pas de réponses toutes faites, mais explore plus en profondeur leurs dynamiques et leurs enjeux.
Il en résulte un champ de tensions alimenté par les chocs et les fissures : entre liberté et contrôle, individualité et systèmes, désir et peur de lâcher prise. Ce que vous pensiez savoir est remis en question avec un brin d’inquiétude. Ici, les histoires toutes faites s’effacent au profit d’une recherche, d’une confrontation et d’une exploration constantes, dans des espaces instables où tout commence à vaciller. Les personnages et les espaces ne fonctionnent pas seulement comme des figures ou des décors, mais comme des vecteurs d’idées.
C’est ainsi que le théâtre de Demey Gallagher devient un lieu de friction. Des personnages issus de différentes époques et idéologies s’opposent dans des confrontations construites : des voix féministes radicales, des philosophes libres penseurs, des personnalités médiatiques, votre propre « moi » parfait. L’accent n’est pas mis sur qui ils sont, mais sur ce qu’ils représentent dans les grandes questions soulevées par Demey Gallagher autour du pouvoir, de la corporéité et de la liberté.
Ces tensions refont surface cette saison dans Copyriot, A Room of His Own et Don Quixote, Which Was a Dream.
23 > 24/9/’26 @ KVS BOX
Dans Copyriot de Krapp (la compagnie formée avec Mats Vandroogenbroeck et Timo Sterckx), l’accent est mis sur le double. Au cœur de la pièce se trouve la tension entre le moi construit (formé dans notre propre tête et, aujourd’hui, souvent aussi sur la toile) et une réalité qui ne se laisse jamais entièrement modeler par celui-ci. Une version de soi qui attire et repousse à la fois. Un conflit entre qui l’on veut être et la prise de conscience que cette image restera peut-être toujours hors de portée.
8 > 9/10/’26 @ KVS BOX
Dans A Room of His Own, Demey Gallagher s’inspire d’Andrea Dworkin, qui considère la pornographie comme un système encourageant la violence à l’égard des femmes et qu’il vaudrait mieux voir disparaître. Dans un cauchemar fiévreux, elle se heurte à Hugh Hefner et au marquis de Sade : deux figures qui incarnent chacune une forme de liberté sexuelle totalement différente. Chez Hefner, le désir apparaît comme un produit commercial, chez de Sade comme une idéologie radicale sans limite morale. Parallèlement, des tensions surgissent entre différentes positions féministes : entre le retrait et le contrôle d’une part (comme le défend Dworkin), et une approche sexuellement positive de la liberté d’autre part.
Don Quixote, Which Was a Dream
17 > 20/3/’27 @ KVS BOL
Inspiré du livre éponyme de Kathy Acker, Don Quixote, Which Was a Dream revisite la quête chevaleresque. Alors que, traditionnellement, c’est un héros masculin qui surmonte les obstacles pour partir en quête de sens et de reconnaissance, ici, c’est un personnage féminin qui quitte une clinique d’avortement. À partir de là se déroule un voyage capricieux et satirique où se rencontrent l’amour, l’échec et l’imagination. Dans cet univers peuplé de personnages grotesques et archétypaux issus de la politique et de la culture (pop) américaines, la parodie et la folie brouillent sans cesse la frontière entre fiction et réalité.
Nous ne cherchons pas à sauver le monde. C’est aux politiciens que revient cette tâche. Nous créons ce qui est nécessaire.
Demey Gallagher se distingue par sa capacité à transposer de grandes questions de société dans des espaces surréalistes et déconcertants, ainsi que par son intérêt constant pour la frontière entre plaisir et soumission, liberté et contrainte. Elle ne présente pas le pouvoir comme la notion abstraite qu’il est, mais le rend visible sur les plans physique, social et émotionnel.
L’absurdité et le jeu grotesque rendent les scènes à la fois légères et troublantes. L’humour et le malaise coexistent sans s’annuler mutuellement. Une scène peut être à la fois comique et amère, et c’est précisément dans cette tension que réside ce qui rend Demey Gallagher si unique.
Le théâtre devient ainsi un espace de mise à nu : un lieu où le spectateur ne peut rester en dehors de la question, mais doit inévitablement prendre position.



