Qui cherche, qui trouve

Icones féminines sur la façade du KVS

© Nour Abdo

Depuis 140 ans, les bustes de trois hommes ornent la façade de notre théâtre (Pieter Langendyck, Joost van den Vondel et Willem Ogier). À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, nous avons demandé à trois ‘visages du KVS’ quelle femme elles aimeraient voir briller sur notre façade. Les noms de Pina Bausch, Nina Simone et Kathy Acker sont ressortis — mais le choix fut extrêmement difficile.

Moya michael choisit nina simone

La chorégraphe Moya Michael, qui dévoilera une nouvelle création la saison prochaine, choisit la High Priestess of Soul : Nina Simone.

Une chose est sûre : quand je pense à des artistes féminines iconiques, il s’agit forcément d’une femme Noire ! Il y a tellement d’artistes Noires brillantes, mais Nina Simone et Toni Morrison ont façonné mon monde dès mon enfance. Les chansons de Nina tournaient en boucle dans les haut-parleurs et les livres de Toni me tenaient éveillée la nuit. 

Si je dois vraiment choisir, ce sera Nina. Un buste d’elle à Bruxelles — une femme Noire, si centrale et visible — serait révolutionnaire dans une ville qui se débarrasse encore de ses fantômes coloniaux. L’activisme de Nina comme de Toni a touché tant de personnes si profondément, mais la voix brute de Nina, qui vous atteint jusqu’au plus profond de vous-même, m’émeut le plus.

 

carme portaceli choisit pina bausch

La metteuse en scène espagnole Carme Portaceli a créé le spectacle Maria Magdalena, dans le cadre d’une série consacrée à des femmes iconiques (Mrs Dalloway, Emma Bovary, Jane Eyre, …). Pour elle, le buste devrait représenter la chorégraphe légendaire Pina Bausch.

Je soutiens pleinement cette initiative. Lorsque j’étais au Teatro Español, j’ai mené une action similaire en donnant une place aux autrices sur un “mur de la renommée” composé exclusivement d’hommes. Aussi bons et importants soient-ils, il existe tant d’autrices, d’artistes et de metteuses en scène qui ont longtemps été honteusement ignorées. Je me bats contre cela depuis toute ma vie, sur scène comme en dehors. 

Choisir une seule personne a donc été difficile. Maria Magdalena, autour de qui nous venons de créer une pièce, était évidemment une option. Elle a été terriblement mal représentée dans l’histoire — venez voir le spectacle pour comprendre comment. Marguerite Yourcenar figurait aussi en bonne place sur ma liste : merveilleuse écrivaine belgo-française. Féministe et humaniste convaincue. 

Mais si je dois choisir, ce sera Pina Bausch : une artiste extraordinaire qui a changé à jamais le théâtre, la danse et notre regard sur eux. Une véritable créatrice de théâtre.

 

nona demey gallagher choisit kathy acker

Nona Demey Gallagher, qui a récemment mis en scène Copyriot, présentera plusieurs spectacles au KVS en ’26–’27 et rejoint Carme et Moya : choisir, c’est perdre. Mais puisqu’il le faut, elle attribue la statue à Kathy Acker, qui inspirera avec son livre Don Quixote: which was a dream, une nouvelle création en 2027.

Le travail de Kathy Acker se distingue pour moi parce qu’il est à la fois cru, intellectuel, pornographique et théorique. C’est drôle et agressif, politiquement incorrect, tout en disant énormément sur le monde dans lequel nous vivons. Plus de gens devraient lire son oeuvre ! 

Parmi les autres femmes de ma shortlist figurait Artemisia Gentileschi, qui a mené un combat plus ancien mais tout aussi radical. En tant que peintre femme et figure clé de l’art baroque au XVIIe siècle, elle travaillait dans un canon artistique qui excluait systématiquement les femmes. Dans son oeuvre, les femmes ne sont pas des objets passifs mais des sujets actifs et violents. Son histoire est également fascinante du point de vue de l’attribution : son travail a longtemps été attribué à tort à son père, parce qu’on ne croyait pas qu’une femme puisse créer des oeuvres aussi puissantes. 

Enfin, Pamela Anderson est pour moi une icône pop culturelle en matière de sexualité et de désir. Pendant des années, elle a été réduite à un symbole sexuel dans une industrie dominée par les hommes. En même temps, elle a utilisé cette image consciemment, puis l’a reprise à son compte. »