Qui cherche, qui trouve

Territorio

(c) Victoriano Moreno 

Article publié dans le numéro 10 de la Revista Dramática du Centro Dramático Nacional.

KVS – la compagnie du Théâtre Royal Flamand, basée à Bruxelles – accueille 13 projets issus de 12 communautés autonomes lors du festival TERRITORIO, dans le cadre d’EUROPALIA España. Un geste simple mais nécessaire : créer un espace de rencontre où l’art, la gestion culturelle et les récits qui nous traversent peuvent être réimaginés.

KVS : un théâtre en dialogue avec la ville et le monde
Notre aventure au Théâtre Royal Flamand (Koninklijke Vlaamse Schouwburg, KVS) a débuté en 2016, sous la direction artistique de Michael De Cock. Avec Dina Dooreman et Kathy Van den Bossche, nous avons formé une équipe artistique qui ne considère pas le KVS comme un refuge isolé, mais comme un lieu qui partage le rythme du cœur de sa ville.

Notre histoire s’étend sur plus de 150 ans. Nous sommes une institution flamande, certes, mais aussi un laboratoire vivant qui choisit de s’ouvrir au risque du nouveau. Nous n’avons pas de troupe permanente : les metteur·ses en scène, chorégraphes et interprètes avec lesquels nous travaillons représentent une grande diversité de disciplines, d’âges et de traditions culturelles, et apportent une riche pluralité narrative. Des compagnies comme Peeping Tom ou Ultima Vez font partie de cet écosystème en évolution.

Bruxelles est officiellement bilingue et majoritairement francophone, mais c’est en réalité un archipel de minorités. Une ville de 180 nationalités, composée de strates qui s’entrecroisent, de tensions et de coexistences. Nous ne considérons pas cette complexité comme un problème : c’est la racine même de notre travail. Dès le départ, nous avons voulu être le théâtre de toute la ville, y compris de ses contradictions. Cela se reflète dans la pluralité de nos artistes, la diversité de nos créations et de notre public. Notre ambition, simple mais radicale, est que chaque habitant·e de Bruxelles puisse sentir que le KVS est aussi sa maison, au moins une fois par saison.

Nous aimons nous imaginer comme un arbre : enraciné dans la ville de Bruxelles, nourri par ses traditions locales et les migrations qui la traversent. Avec un tronc solide composé de notre infrastructure et de notre équipe. Avec nos artistes associés comme des branches en expansion, certaines bien établies, d’autres plus jeunes et flexibles. Et enfin, nos spectacles, événements et projets : les fruits que nous partageons avec notre public. Chaque création est un échange de regards, et dans chaque rencontre se joue notre mission : réfléchir à qui nous avons été, comprendre qui nous sommes et imaginer qui nous pourrions devenir.

La porte ouverte sur le monde
Dès le début, l’Amérique ibérique est devenue un axe fondamental de notre stratégie internationale. Non seulement pour des affinités esthétiques ou affectives, mais aussi parce qu’elle constitue une source d’énergie vive, et parce que sa manière de repenser l’avenir nous met face à nous-mêmes.

Travailler avec l’Amérique latine – un terme colonial qui englobe des mondes si différents – et avec l’Espagne nous a amenés à interroger notre relation au répertoire, à la création et au syncrétisme culturel dans lequel nous vivons, souvent sans les outils nécessaires pour le comprendre.

En Espagne, nous avons construit des collaborations désormais ancrées dans notre structure : des coproductions avec le Teatre Nacional de Catalunya, des programmes de résidence avec Dansa València, des projets européens de dramaturgie avec le Centro Dramático Nacional… Entre autres, nous entretenons également des liens avec le Festival GREC, les Teatros del Canal, La Conquesta del Pol Sud, le Festival de Cádiz, le Teatro Español, ainsi qu’avec des institutions comme l’Ambassade d’Espagne, l’Institut Cervantes et l’Institut Ramon Llull.

Nous avons même organisé des cours d’espagnol au KVS, suivis par la plupart de nos collègues. Nous avons participé à la campagne La Cultura es Segura pendant la pandémie. Nous avons également reçu la Placa de la Orden de Isabel la Católica, une distinction qui nous a rappelé que notre travail laisse aussi une trace au-delà de la scène.

Finalement, nous avons compris quelque chose de fondamental : la richesse ne réside pas uniquement dans les grandes institutions ; on la trouve aussi dans des projets petits ou moyens qui vibrent intensément à l’échelle d’un territoire entier. C’est là que nous trouvons beaucoup de la sagesse dont nous avons besoin, et des voix comme celle de Lorenzo Pappagallo nous ont aidés à le saisir clairement.

TERRITORIO : l’Espagne à Bruxelles
En 2025, l’Espagne est le pays invité d’EUROPALIA. Le moment était venu de transformer ce réseau en festival : TERRITORIO.

Du 26 au 29 novembre, 13 projets issus de 12 communautés autonomes seront présentés à Bruxelles, dans des lieux tels que le KVS, Le Bamp et La Bodega. Ce sera un voyage sans hiérarchie : la logique des capitales et des périphéries sera laissée de côté. Nous croyons que l’identité d’un projet ne se mesure pas à sa proximité avec les grands centres de production, mais à sa vision, sa stratégie et ses liens avec un territoire.

Beaucoup de ces projets dialoguent déjà entre eux. TERRITORIO n’est pas une carte complète, mais une fenêtre sur un cadre plus large, une invitation à observer le présent et à percevoir les futurs possibles qui se dessinent déjà dans l’art espagnol.

Le programme navigue entre disciplines, générations et géographies. Chaque proposition montre que la gestion culturelle est bien plus qu’une affaire administrative : elle peut être un moteur créatif, un outil politique et un pont entre les communautés.

Une invitation ouverte
Avec TERRITORIO, nous souhaitons partager la diversité et l’énergie qui parcourent l’Espagne aujourd’hui avec nos collègues européens et notre public. Mais c’est aussi une manière de continuer à apprendre : un rappel que les arts de la scène ne naissent pas dans l’isolement, mais dans la relation, le dialogue et la rencontre.


Gerardo Salinas, dramaturge et membre de l’équipe de direction artistique du Koninklijke Vlaamse Schouwburg (KVS)

LES PARTICIPANTS
(c) Victoriano Moreno
TINTA NEGRA / CATALOGNE

Tinta Negra est un collectif d’interprètes et de créateur·rices d’ascendance africaine, basé en Catalogne et né du besoin de rendre visibles les voix noires dans le théâtre et les arts de la scène catalans, des voix historiquement exclues et/ou stéréotypées. Il réunit des artistes engagé·es dans l’écriture dramatique, le jeu, la mise en scène et la gestion culturelle, depuis une perspective afrocentrique et antiraciste.

Nous avons participé à des pièces de théâtre comme #nosomunhashtag (créée au Centre de Cultura Contemporània de Barcelona en février 2021), une production qui mêle ritualité, guérison et activisme à travers les arts de la scène noirs. Nous développons également des actions artistiques et audiovisuelles, comme des vidéos en soutien au mouvement #BlackLivesMatter, qui défendent la justice raciale par la pratique performative. Nous participons à des rencontres, débats et ateliers, nous offrons un accompagnement sur les questions de diversité dans les productions scéniques et audiovisuelles, nous collaborons avec des organisations telles que le Festival Grec, Dones Visuals et la Sala Beckett, où nous abordons le privilège blanc, le racisme structurel et les représentations coloniales dans le théâtre catalan. Nous contribuons aussi à la création d’espaces sûrs d’écoute et de soutien, toujours dans une perspective intersectionnelle, féministe et décoloniale.

Denise Duncan

RPM / GALICE

RPM est une initiative galicienne indépendante qui accompagne depuis 2017 les artistes des arts vivants contemporains, au moyen de résidences, de laboratoires et d’actions de médiation. L’un de ses programmes les plus reconnus est Residencias Paraíso, pour lequel une série de théâtres et de centres culturels en Galice se sont constitués en réseau de collaboration, afin d’accueillir des processus de création d’une durée de deux à trois semaines. Par ailleurs, RPM étend ce programme à d’autres régions d’Espagne et d’Europe avec Cruceiros Paraíso, et organise des rencontres et ateliers annuels, comme l’Encontro Paraíso Illa San Simón, qui réunit chaque mois de septembre une cinquantaine de personnes sur l’île de San Simón, entre Vigo et Pontevedra.

RPM n’opère pas dans un espace qui lui est propre : son originalité réside dans la construction d’un réseau d’espaces publics collaborateurs répartis dans les quatre provinces galiciennes. Ce modèle – unique dans sa conception – rend le dialogue interinstitutionnel essentiel. Sa médiation consiste à convaincre chaque lieu d’intégrer l’idée de résidence d’artiste à sa programmation, en comprenant ses besoins et en les articulant avec un programme transversal. Il est crucial de souligner que RPM défend des résidences d’artistes dotées d’un soutien financier et non la simple mise à disposition de locaux.

RPM accueille aussi bien des projets de recherche que de création. La production d’une œuvre achevée n’est pas l’objectif principal : l’organisation insiste sur l’importance de créer des espaces de recherche dans un pays où les politiques culturelles ont historiquement mesuré la valeur d’un·e artiste à son seul résultat. Dans ce sens, il est également fondamental de faire comprendre aux espaces partenaires que la relation avec le public peut se tisser à différentes étapes du processus : conférences, pratiques partagées ou, éventuellement, présentation de l’œuvre finale – toutes sont considérées comme des occasions légitimes de partager des savoirs.

RPM se situe dans le paysage des arts de la scène avec le regard le plus large possible. Issue de la danse contemporaine, elle la comprend comme un espace où le corps vivant est central et où la discipline importe seulement dans la mesure où elle est nécessaire : si la danse enseignait quelque chose, ce serait à se laisser traverser. Cette fluidité englobe à la fois la défense affirmée d’une discipline et la dissolution des frontières, sans devoir choisir l’un des extrêmes.

RPM est née en Galice et pour la Galice, avec la conviction que travailler pour une communauté implique de la relier à d’autres contextes. Sur cette base, elle collabore avec des artistes galiciens, espagnols et portugais, nourrissant les réseaux coopératifs tissés depuis neuf ans. Le monde des arts de la scène sera collaboratif, ou il ne sera pas.

Caterina Varela

BOX LEVANTE – CENTRO ESCÉNICO DEL ESTRECHO / ANDALOUSIE

BOX LEVANTE est un espace situé dans le port d’Algésiras, dans la province de Cadix, au sud de l’Europe, face à l’Afrique. Depuis son seuil, on voit Gibraltar et l’on entend la mer.

Il est né de la convergence de plusieurs désirs : stimuler les arts de la scène contemporains dans le Campo de Gibraltar – un territoire historiquement négligé et déprécié – et, en même temps, répondre au désir personnel de renouer avec la profession, de construire un microcosme de théâtre et de danse, de pensée critique, de beauté et de radicalité. Un espace éloigné des épicentres culturels de la région et du pays.

BOX LEVANTE se soutient grâce au travail de son équipe et de ses artistes. Une grande partie de ce travail n’est pas rémunérée : un véritable sacrifice à l’autel insatiable des arts de la scène, entretenu par l’effort quotidien et une offrande continue.

Ses activités se structurent sur plusieurs axes : soutenir les créateurs locaux via la mise à disposition de ressources, de formations et d’opportunités de diffusion ; accueillir des artistes nationaux et des artistes du Détroit de Gibraltar pour des résidences de création – et, dans une moindre mesure, pour des présentations publiques ; attirer le soi-disant « public » vers des pratiques scéniques non normatives.

BOX LEVANTE est un espace de réussites et d’échecs, un lieu de confrontation entre désir et réalité. Cette tension en est le moteur, comme pour chacun : nous désirons davantage de ressources, c’est pourquoi nous cherchons à optimiser celles dont nous disposons ; nous désirons un public plus nombreux, ce qui nous oblige à réfléchir à la manière d’impliquer notre communauté ; nous souhaitons étendre nos réseaux dans toutes les directions, tout en restant conscients de notre isolement.

Dans sa configuration actuelle, depuis 2022, BOX LEVANTE est un jeune espace constamment scruté. Un lieu ouvert aux personnes et aux projets, un bastion en territoire hostile. Un nouveau pays pour les Maures, les Roms, les Noir·es, les hommes, les femmes, les personnes non-binaires, les gays, les lesbiennes, les enfants, les clowns, les marionnettistes, les danseurs, bailaores, acrobates, performeur·ses, contrebandier·es, poètes et penseur·ses.

BOX LEVANTE, ce sont Ben Attia, Alberto Núñez, Fernando Renjifo, María Moncada, Paco Díaz, Jota, Miri, Juan Caba, Carlos Aceña, Thio… et tous les créateurs qui nous ont rendu visite au cours de ces trois années.

L’équipe de BOX LEVANTE

CRAC – CENTRO RURAL DE ARTE Y CREACIÓN / ESTRÉMADURA 

Dans le cadre privilégié de Cuacos de Yuste, au cœur de la région de La Vera, se trouve CRAC : un espace conçu comme une maison, un atelier et un refuge. Un lieu où la création trouve du temps, de l’attention et de la liberté ; où artistes et habitant·es dialoguent d’égal à égal ; où la vie rurale se projette vers l’avenir en misant sur l’excellence de la création.

CRAC est une manière d’être au monde. Ici, la culture se cultive comme on cultive la terre : avec patience, confiance et soin apporté aux fruits.

Deux artistes sont le moteur de cette initiative : Juan Antonio Moreno – jongleur, musicien et créateur de technologies – apporte un regard expérimental qui mêle cirque, son et médias numériques ; Ángeles Vázquez – metteuse en scène, danseuse et chorégraphe de flamenco – lui imprime une poétique enracinée dans le corps, le mouvement et la dramaturgie contemporaine. Deux artistes dont les trajectoires reflètent la diversité du projet.

Au CRAC, les arts vivants constituent l’axe structurel, en dialogue avec des ateliers et des activités qui relient corps, nature et communauté. Le mouvement n’est pas seulement un langage artistique, il est aussi une métaphore du changement, du dynamisme et de la transformation qui imprègne chaque processus.

À rebours de l’accélération des grands centres urbains, CRAC défend le temps long, l’écoute attentive et les pratiques durables qui permettent à la création de s’enraciner. L’excellence artistique est comprise comme la conséquence naturelle de ce soin : lorsque le sol est fertile, l’art fleurit.

Ici, la communauté ne se contente pas de participer : elle partage, célèbre et se transforme avec les artistes. Chaque processus devient une rencontre où le quotidien se hisse au rang d’expérience culturelle et où la culture est considérée comme un bien commun.

CRAC est aussi un atelier de technologie et d’innovation scénique. De la robotique aux prototypes et outils numériques, on y explore une nouvelle dramaturgie et on repousse les frontières de la scène. Ainsi, le rural se connecte au contemporain, prouvant que l’innovation n’appartient pas exclusivement aux grandes villes.

CRAC démontre que le rural n’est pas la périphérie, mais un centre. Ce n’est pas le manque, mais le potentiel. Tel un tracteur Massey Ferguson, il trace lentement mais sûrement des sillons d’art et de vie dans la terre et chez les gens. C’est aussi l’essence de son festival La Escena Rural, où communauté et artistes célèbrent le fait que l’avenir se cultive ici, au cœur du territoire.

L’équipe du CRAC

LAV-C – LABORATORIO DE ARTES VIVAS Y CIUDADANÍA DE CANARIAS / ÎLES CANARIES 

Le LAV-C, Laboratoire des Arts Vivants et de la Citoyenneté des Canaries, dirigé par Beatriz Bello et Darío Barreto Damas, est une plateforme dédiée à la promotion et à la protection des arts de la scène depuis et au sein des îles Canaries. Depuis 2012, elle travaille à la création, à la recherche et au développement de pratiques et de politiques culturelles autour des arts vivants contemporains, en générant des expériences transformatrices grâce à des coproductions, résidences, actions de médiation et programmes de participation et de pensée critique.

Le LAV-C pratique le « situé » : les arts y sont contextualisés dans le territoire où ils ont lieu et se développent, en dialogue avec les communautés qui les soutiennent. Cette approche territoriale n’est pas seulement un cadre, mais aussi le fondement de ses stratégies de médiation, qui façonnent les relations, les processus et le travail culturel.

Le LAV-C est ouvert, hybride, queer, féministe, séduisant, décolonial, flamboyant, kitsch et expansif.

Il fabule le présent depuis une perspective transocéanique, en positionnant les îles Canaries non pas comme une périphérie, mais comme un carrefour entre les continents. La culture y est comprise comme un phénomène relationnel : un champ de rencontres où se négocient les significations, où les récits hérités sont remis en question et où se génèrent de nouvelles formes de coexistence.

La médiation est centrale : des programmes comme Parlamento del Futuro activent l’imagination civique à travers des débats et des assemblées performatives ; Algo tiene mi barrio cartographie et repense les quartiers ; Artistas en Crianza soutient celles et ceux qui créent tout en prenant soin d’autrui ; le Centro Coreográfico Imaginativo de Tenerife (CCIT) explore la pensée chorégraphique collective ; et les Sundance Family Sessions favorisent l’échange intergénérationnel.

De plus, le LAV-C articule des lignes d’action interconnectées :
• Coproduction, en soutenant les processus via des résidences et des conditions de travail équitables.
• Diffusion, avec Danza en Breve, un programme mensuel de formats courts qui, en 2025, sera centré sur COREOMANÍAS, abordant la danse comme un espace d’exploration, de résistance et de transformation.
• Projets européens, tels que Island Connect et Moving Matters, qui renforcent la mobilité et les méthodologies partagées.
• Partenariats, en concevant des initiatives à long terme avec des institutions, artistes et communautés.

Le LAV-C rejette les modèles d’extraction et la visibilité de façade. Ses protocoles privilégient la transparence, la documentation partagée et l’évaluation conjointe, considérée comme partie intégrante du processus créatif.

Des Canaries vers le monde, le LAV-C médie et coproduit des espaces où la différence devient une ressource pour l’apprentissage, la dissidence et la transformation mutuelle : ouverts, hybrides, queer, féministes, séduisants, décoloniaux, flamboyants, kitsch et expansifs.
L’équipe du LAV-CLe LAV-C, Laboratoire des Arts Vivants et de la Citoyenneté des Canaries, dirigé par Beatriz Bello et Darío Barreto Damas, est une plateforme dédiée à la promotion et à la protection des arts de la scène depuis et au sein des îles Canaries. Depuis 2012, elle travaille à la création, à la recherche et au développement de pratiques et de politiques culturelles autour des arts vivants contemporains, en générant des expériences transformatrices grâce à des coproductions, résidences, actions de médiation et programmes de participation et de pensée critique.

Le LAV-C pratique le « situé » : les arts y sont contextualisés dans le territoire où ils ont lieu et se développent, en dialogue avec les communautés qui les soutiennent. Cette approche territoriale n’est pas seulement un cadre, mais aussi le fondement de ses stratégies de médiation, qui façonnent les relations, les processus et le travail culturel.

Le LAV-C est ouvert, hybride, queer, féministe, séduisant, décolonial, flamboyant, kitsch et expansif.

Il fabule le présent depuis une perspective transocéanique, en positionnant les îles Canaries non pas comme une périphérie, mais comme un carrefour entre les continents. La culture y est comprise comme un phénomène relationnel : un champ de rencontres où se négocient les significations, où les récits hérités sont remis en question et où se génèrent de nouvelles formes de coexistence.

La médiation est centrale : des programmes comme Parlamento del Futuro activent l’imagination civique à travers des débats et des assemblées performatives ; Algo tiene mi barrio cartographie et repense les quartiers ; Artistas en Crianza soutient celles et ceux qui créent tout en prenant soin d’autrui ; le Centro Coreográfico Imaginativo de Tenerife (CCIT) explore la pensée chorégraphique collective ; et les Sundance Family Sessions favorisent l’échange intergénérationnel.

De plus, le LAV-C articule des lignes d’action interconnectées :
• Coproduction, en soutenant les processus via des résidences et des conditions de travail équitables.
• Diffusion, avec Danza en Breve, un programme mensuel de formats courts qui, en 2025, sera centré sur COREOMANÍAS, abordant la danse comme un espace d’exploration, de résistance et de transformation.
• Projets européens, tels que Island Connect et Moving Matters, qui renforcent la mobilité et les méthodologies partagées.
• Partenariats, en concevant des initiatives à long terme avec des institutions, artistes et communautés.

Le LAV-C rejette les modèles d’extraction et la visibilité de façade. Ses protocoles privilégient la transparence, la documentation partagée et l’évaluation conjointe, considérée comme partie intégrante du processus créatif.

Des Canaries vers le monde, le LAV-C médie et coproduit des espaces où la différence devient une ressource pour l’apprentissage, la dissidence et la transformation mutuelle : ouverts, hybrides, queer, féministes, séduisants, décoloniaux, flamboyants, kitsch et expansifs.

L’équipe du LAV-C

(c) Victoriano Moreno
FESTIVAL PAISAJE / CASTILLE-LA MANCHE 

Paisaje est un festival dédié à la danse et aux arts affins, qui se tient à Villamalea, une commune de 4 000 habitant·es dans la province d’Albacete, en Castille-La Manche. Depuis cinq ans, il invite des artistes à entrer en relation directe avec la communauté locale à travers des ateliers, des créations collaboratives et des performances.

Son essence réside dans sa connexion à un territoire spécifique, dans la réflexion sur ses coutumes, sa langue et sa culture. L’une de ses initiatives les plus singulières est la Boîte à suggestions anonymes, dans laquelle les habitant·es envoient critiques, idées, réflexions et souhaits, intégrant au festival la culture du commentaire et du commérage propre à la vie de village, avec la force supplémentaire de l’anonymat. Une autre action emblématique est l’École du/de la spectateur·rice : les habitant·es rencontrent les artistes pour discuter de danse et de processus créatifs, au-delà du classique « je ne comprends pas ». Et c’est toujours le festival qui paie la première tournée.

Paisaje questionne la culture du spectacle, démocratise la danse et s’oppose à l’élitisme. Au moyen d’ateliers pour tous les âges, il invite les participant·es à faire l’expérience de la danse et à se réconcilier avec leur propre corps, au-delà de sa fonction d’outil ou d’objet d’étude. « Je danse sur moi-même » était la devise de cette année.

Mais Paisaje va au-delà de la danse : il cherche à façonner un paysage pluriel et hétérogène, à dissoudre les frontières entre spectateur·rice et artiste, haute et basse culture, expert·e et novice… Contempler un paysage, c’est déjà en faire partie. C’est participer. L’un de ses objectifs est de laisser notre regard vagabonder, d’élargir notre imagination, ce qui se traduit par la libération de la pensée et le déplacement des spectateur·rices : de la coopérative vinicole au patio de Mamie Nieves, en passant par différents recoins du village.

Paisaje est irrévérence et liberté, un laboratoire où les catégories et les genres se mélangent. Dans des éditions précédentes, le parcours est allé du tablao flamenco traditionnel à un flamenco brouillé avec des coquilles comme castagnettes, en passant par des champion·nes d’Europe de danse de salon ou une jota déconstruite qui en révélait l’histoire politique comme mécanisme de contrôle des corps.

(c) Victoriano Moreno
FITLO – FESTIVAL IBÉRO-AMÉRICAIN DE THÉÂTRE DE LA RIOJA / LA RIOJA

« Construire, c’est l’opposé de détruire. Construire, c’est abattre des frontières, utiliser des mots… et, à une époque où la destruction abonde, nous construisons. Nous construisons un festival. Nous construisons FITLO. » Ainsi commence le manifeste de la neuvième édition du Festival ibéro-américain de théâtre de La Rioja.

Fondé en 2017, FITLO est né pour offrir au public des créations contemporaines audacieuses venues des quatre coins de l’espace ibéro-américain. Dès le début, il a misé sur des compagnies émergentes et sur une programmation engagée vis-à-vis des grands thèmes qui traversent notre réalité : migration, frontières, déplacements, résistance… FITLO cherche à amplifier, provoquer et stimuler la réflexion collective.

En 2025, le festival est encore jeune, mais il commence à consolider sa réputation. Chaque édition est un défi dans la lutte pour obtenir les ressources qui lui permettent d’inviter des artistes de renommée internationale et d’offrir à une petite communauté l’accès à la scène théâtrale la plus avant-gardiste sur son propre territoire.

FITLO transforme Logroño en un point de rencontre pour artistes, programmateur·rices et créateur·rices, élargissant la carte culturelle en décentralisant les processus et les opportunités. Il a démontré que la création et la mobilisation communautaire peuvent également avoir lieu depuis les marges. Ce geste est à la fois politique et poétique : construire de nouveaux centres de création, loin des grandes capitales.

En plus de sa programmation scénique, le festival organise des activités pédagogiques et de médiation, des résidences et des coproductions, favorisant à la fois le travail créatif et le développement de nouveaux publics. Il collabore avec des entités et collectifs jeunes et diversifiés, dans la conviction qu’ils représentent l’avenir de la société. Il a produit des œuvres avec des artistes tels que Cuerpo Sur, Brai Kobla, Monte Isla, Marina Otero et Josefina Gorostiza, faisant du travail en réseau une pratique essentielle.

Parallèlement, FITLO travaille à la réhabilitation de Nave 31, un espace scénique historique (connu comme le « Théâtre de la CNT »), que le festival récupère comme lieu de résidence et de production à Logroño, lui redonnant vie et mémoire.

En définitive, FITLO est une entreprise collective : un projet porté par des artistes d’ici et d’ailleurs, un festival qui les accueille et un territoire qui s’ouvre à de nouvelles voix et de nouveaux langages. Un festival qui revendique le théâtre comme forme de communauté et de résistance.

Jorge Tesone

(c) Victoriano Moreno
FESTIVAL ARBOLA / NAVARRE 

Inspiré par la puissance symbolique et vitale des arbres, Arbola explore la dimension culturelle du monde végétal à travers l’art contemporain et la pensée. C’est un festival d’arts vivants qui ne se contente pas de présenter des œuvres, mais active aussi des processus, des connexions et des expériences avec le territoire. Ici, l’art s’habite, se parcourt, se plante…

Le territoire d’Arbola est la Vieille Ville de Pampelune. En juin 2025 s’y est tenu le Plantón Móvil (Plantation mobile), une procession interdisciplinaire d’humains et de plantes appelant à la reforestation du quartier. Rues, balcons, jardins et l’École San Francisco ont servi de scène à des actions comme Bosque Móvil (Forêt mobile), une installation qui transformait un couloir de l’école en laboratoire vivant. D’autres projets, tels que Un balcón es un jardín (Un balcon est un jardin), s’entremêlaient avec des causeries et des promenades : Emboscarse avec Joaquín Araújo ou Flores a nuestros pies avec Eduardo Barba, nous rappelant que le territoire n’est pas un décor neutre, mais un organisme vivant qui répond aux soins et aux rythmes.

Arbola est conçu depuis la dualité corps-territoire : non comme deux réalités séparées, mais comme une seule trame entremêlée. Le festival reconnaît qu’il n’y a pas d’expérience culturelle sans lieu, sans mémoire ni matière vivante pour la soutenir. Ainsi, en 2025, ont été présentées des œuvres comme La velocidad de la luz (La vitesse de la lumière) de Marco Canale, hommage au paysage de Pampelune à travers les souvenirs des personnes âgées, ou Amazonia 2040. Ancestros del futuro (Amazonie 2040. Ancêtres du futur) de Martha Hincapié Charry, qui associait écologie et savoirs ancestraux.

Chaque activité est une invitation à comprendre le territoire et à connaître ses habitant·es : plantes, animaux, eau, sol… Connaître pour mieux aimer, aimer pour mieux prendre soin. En temps de crise environnementale, Arbola défend la culture comme espace de transformation écosociale, du moi à l’éco, de l’anthropocentrisme au biocentrisme : en remettant la vie au centre.

Arbola veut prendre part à ce changement, en semant la culture comme on sème un jardin : avec du temps, de l’affection et une attention à tout ce qui vit.

Isabel Ferreira

OSIKÁN – VIVERO DE CREACIÓN E IMAGINACIÓN SOCIAL / MADRID 

Osikán est une organisation fondée à Cuba en 2012 et actuellement basée à Madrid, qui sert de pépinière pour la création, la recherche et l’action culturelle. Elle travaille à l’intersection de l’art, de la mémoire, de la spiritualité et de la justice sociale. portée par des artistes, activistes et gestionnaires afro-descendant·es et caribéen·nes, elle s’est imposée comme une référence pour les réseaux afro-diasporiques et migrants, pour la production culturelle située et l’expérimentation critique. Sa perspective interdisciplinaire, féministe noire, décoloniale et communautaire s’est matérialisée dans des méthodologies fondées sur l’écoute, le soin et la transformation collective.

Sous la direction de José Ramón Hernández – créateur afro-cubain interdisciplinaire travaillant entre dramaturgie, mise en scène, médiation, pédagogie et gestion culturelle – Osikán a développé sa propre infrastructure, pensée depuis les marges, pour soutenir la production artistique, les archives vivantes et la circulation de savoirs incarnés.

Parmi ses projets :
• Tejiendo Raíces (Tisser des racines, en partenariat avec Conciencia Afro, le Musée des Amériques, la Fondation Daniel & Nina Carasso et le Ministère de la Culture) : une initiative pionnière pour institutionnaliser la mémoire afro-descendante en Espagne, en combinant archives, pratiques curatoriales, art et pédagogie.
• Residencia Afronteriza (Résidence Afrotier, 2023–2025, également avec Conciencia Afro) : un espace créatif sûr pour des artistes afro-descendant·es, migrant·es, racisé·es et dissident·es de genre.
• Observatorio Indisciplinar : une plateforme de documentation, de formation et d’action culturelle depuis les marges.
• Eyilá Ashé Ebbora – Archivo Vivo de la Resistencia (Archive vivante de la résistance) : une pièce performative qui active la spiritualité comme force politique, présentée notamment au KVS (Bruxelles), à La Casa Encendida et dans d’autres festivals internationaux.

Osikán maintient également une forte présence internationale : l’organisation participe à des réseaux en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Europe et dans le Sud global, et co-coordonne la Biennale afro-diasporique (dont la première édition aura lieu à Cali en 2026).

Reconnu en 2020 par le Festival Grec comme l’une des 100 pratiques d’arts vivants les plus inspirantes d’Ibero-Amérique, Osikán déplace le rôle traditionnel de l’artiste vers des pratiques communautaires, en comprenant la création comme une relation politique, spirituelle et territoriale.

Des projets comme I Love Cities (depuis 2016), qui recompose les villes à partir des biographies de leurs migrant·es, ou Opira, un projet de recherche sur la spiritualité et la politique dans l’oracle de diloggún et la mythologie afro-cubaine, complètent un corpus de travail durable qui montre qu’Osikán n’est pas seulement une pépinière de création, mais aussi de mémoire, d’avenir et d’imagination sociale.

L’équipe d’Osikán

AZALA / PAYS BASQUE 

Azala est un lieu de rencontre pour artistes, activistes et chercheur·ses travaillant principalement avec le corps, la voix et le mouvement. Il est situé à Lasierra, petit village agricole de 12 habitant·es, dans le sud de l’Alava. Lauréat du prix Gure Artea en 2017, décerné par le Gouvernement basque, Azala a tissé depuis sa création en 2008 de nombreuses collaborations avec les acteur·rices de son écosystème et avec des pratiques situées à proximité.

Depuis 2018, Azala a développé des programmes d’apprentissage collectif tels que Eskutik Hitzak (sur l’écriture performative), Martxaundi (sur la marche), p.i.c.a (programme d’imagination collective dans les processus de création artistique), Laba (imagination collective dans les processus de médiation culturelle en milieu rural), Emaria (soutien aux jeunes artistes de la région d’Alava), Prácticas colectivas para la incertidumbre (Pratiques collectives pour l’incertitude, rencontres entre art et physique quantique), Lera Lera (projet de design spéculatif sur le ré-enchantement de l’Alava) et Orta (sur la traduction).

Azala accueille chaque année des programmes comme Dantzan Bilaka, le laboratoire d’incubation de films Dirdiralab, et le festival de culture féministe Feministaldia.

Depuis 2019, il publie Borradores del futuro (Brouillons du futur), une collection de nouvelles et fables sur des mondes possibles, des récits qui imaginent l’avenir d’alternatives ou d’utopies à partir d’expériences concrètes situées sur le territoire environnant.

En 2023 a été lancé Zintza Lilura – Instituto de la membrana, une nouvelle ligne de recherche à Azala qui explore l’application de processus somatiques – issus de diverses techniques corporelles et de l’expérience d’habiter la forêt – à la santé communautaire. Cette recherche est liée à un processus citoyen mené par les habitant·es de Ribera Alta pour défendre les monts Tuyo face à la menace des parcs éoliens.

En 2024–2025, Azala a participé au projet européen ARECA – Art Education and Capacity-Building, sur les méthodologies et outils artistiques dans le contexte scolaire, en collaboration avec des institutions culturelles et éducatives au Portugal et en France. À l’été 2025, Azala a reçu un puissant coup de pouce sous forme de nourriture poétique avec l’expérience Plebeya, une école d’écriture et de performance réalisée conjointement avec Artea-a, le groupe de recherche EXPERIMENTA.

Azala promeut également la création de la communauté énergétique de Lasierra, la récupération des sources locales, du noyer et du chemin vers Cueva Lobos, le développement d’un sentier forestier de santé et la construction d’une scène naturelle. Il collabore avec des entités locales comme le Consorcio de Aguas Mendiharan (Consortium des eaux Mendiharan) et la plateforme féminine Añana Femprende. Il participe actuellement à la plateforme Defensa de los Montes de Tuyo / Horrela ez / Araba bizirik, en élaborant un plan d’auto-protection pour ce massif.

Azala figure dans l’Inventario Iberoamericano de Proyectos Inspiradores (Inventaire ibéro-américain de projets inspirants), dans l’Informe Cultura y Ruralidad sur les espaces culturels en milieu rural, ainsi que dans le livre Ura Jaten, consacré au théâtre basque et à la précarité.

L’équipe d’Azala

(c) Victoriano Moreno
DANSA VALÈNCIA / VALENCE 

Dansa València est un festival de danse et de nouveaux langages du mouvement, un espace de rencontre, de dialogue et de regards multiples. Organisé par l’Institut Valencià de Cultura, il fonctionne depuis 2022 comme Plateforme espagnole de la danse, présentant à chaque édition un panorama de la création contemporaine espagnole et reflétant la richesse des personnalités artistiques qui nous caractérisent.

Le festival accueille des créations établies, émergentes et dissidentes ; celles qui naissent sur le territoire et celles qui arrivent d’autres lieux pour nous influencer. C’est un espace dédié à la présence et à l’action du corps, où la médiation joue également un rôle clé : nous sommes engagé·es à co-créer et partager des expériences avec les communautés qui nous entourent, convaincu·es que la création et la pratique artistique stimulent le changement social.

Dans ce sens, le festival a développé des actions de médiation avec divers collectifs et a intégré une grande diversité dans sa programmation. Par ailleurs, il encourage le développement des publics grâce à des itinéraires encadrés par des professionnel·les, qui permettent à celles et ceux qui sont peu familier·es des arts de la scène d’approfondir leur compréhension des processus créatifs.

Pendant le festival, un espace professionnel est proposé afin de favoriser l’échange de savoirs et d’imaginer collectivement des scénarios possibles et améliorés pour la danse. Ces connaissances partagées renforcent notre soutien continu à la communauté artistique, en créant des liens avec d’autres organisations culturelles à l’intérieur et au-delà de notre territoire. Ce réseau de partenaires est fondamental pour l’évolution et la consolidation de la création artistique, en permettant aux artistes locaux de vivre et de travailler dans d’autres contextes, tandis que Dansa València accueille des artistes venus d’ailleurs.

Dans le cadre de ces accords, la chorégraphe valencienne Inka Romaní, qui participe au festival Territorio aux côtés de Dansa València, a pu entrer en contact avec des professionnel·les et des compagnies de danse des Amériques et d’Europe.

Le festival investit également dans l’expansion temporelle et géographique en développant diverses lignes de travail. Le plan valencien de décentralisation et de soutien à la création, Impuls a la dansa (Un élan pour la danse), se distingue : depuis quatre ans, il a permis à 38 collectifs artistiques de résider dans des communes de la Communauté valencienne, en les mettant en lien avec leurs communautés locales. L’objectif est de forger de nouveaux liens entre création artistique et responsables de la programmation locale, d’augmenter la présence de la danse dans les petites communes, au-delà de la seule représentation, et d’offrir des outils pour comprendre et apprécier les projets.

Tisser un territoire d’allié·es donne sens au travail mené par Dansa València depuis 2021, sous la direction de María José Mora : créer, avec les artistes, les agents culturels et des communautés diverses, un écosystème de mouvement qui génère de nouvelles possibilités. C’est dans ce cadre que s’inscrit le festival Territorio, organisé par KVS et Europalia, un espace pour continuer à nourrir les relations et à montrer la diversité culturelle de l’Espagne. Une riche constellation de personnalités artistiques qui pourra être découverte à Bruxelles, et qui se donne aussi rendez-vous chaque année en avril à Dansa València – Spanish Dance Platform.
L’équipe de Dansa ValènciaDansa València est un festival de danse et de nouveaux langages du mouvement, un espace de rencontre, de dialogue et de regards multiples. Organisé par l’Institut Valencià de Cultura, il fonctionne depuis 2022 comme Plateforme espagnole de la danse, présentant à chaque édition un panorama de la création contemporaine espagnole et reflétant la richesse des personnalités artistiques qui nous caractérisent.

Le festival accueille des créations établies, émergentes et dissidentes ; celles qui naissent sur le territoire et celles qui arrivent d’autres lieux pour nous influencer. C’est un espace dédié à la présence et à l’action du corps, où la médiation joue également un rôle clé : nous sommes engagé·es à co-créer et partager des expériences avec les communautés qui nous entourent, convaincu·es que la création et la pratique artistique stimulent le changement social.

Dans ce sens, le festival a développé des actions de médiation avec divers collectifs et a intégré une grande diversité dans sa programmation. Par ailleurs, il encourage le développement des publics grâce à des itinéraires encadrés par des professionnel·les, qui permettent à celles et ceux qui sont peu familier·es des arts de la scène d’approfondir leur compréhension des processus créatifs.

Pendant le festival, un espace professionnel est proposé afin de favoriser l’échange de savoirs et d’imaginer collectivement des scénarios possibles et améliorés pour la danse. Ces connaissances partagées renforcent notre soutien continu à la communauté artistique, en créant des liens avec d’autres organisations culturelles à l’intérieur et au-delà de notre territoire. Ce réseau de partenaires est fondamental pour l’évolution et la consolidation de la création artistique, en permettant aux artistes locaux de vivre et de travailler dans d’autres contextes, tandis que Dansa València accueille des artistes venus d’ailleurs.

Dans le cadre de ces accords, la chorégraphe valencienne Inka Romaní, qui participe au festival Territorio aux côtés de Dansa València, a pu entrer en contact avec des professionnel·les et des compagnies de danse des Amériques et d’Europe.

Le festival investit également dans l’expansion temporelle et géographique en développant diverses lignes de travail. Le plan valencien de décentralisation et de soutien à la création, Impuls a la dansa (Un élan pour la danse), se distingue : depuis quatre ans, il a permis à 38 collectifs artistiques de résider dans des communes de la Communauté valencienne, en les mettant en lien avec leurs communautés locales. L’objectif est de forger de nouveaux liens entre création artistique et responsables de la programmation locale, d’augmenter la présence de la danse dans les petites communes, au-delà de la seule représentation, et d’offrir des outils pour comprendre et apprécier les projets.

Tisser un territoire d’allié·es donne sens au travail mené par Dansa València depuis 2021, sous la direction de María José Mora : créer, avec les artistes, les agents culturels et des communautés diverses, un écosystème de mouvement qui génère de nouvelles possibilités. C’est dans ce cadre que s’inscrit le festival Territorio, organisé par KVS et Europalia, un espace pour continuer à nourrir les relations et à montrer la diversité culturelle de l’Espagne. Une riche constellation de personnalités artistiques qui pourra être découverte à Bruxelles, et qui se donne aussi rendez-vous chaque année en avril à Dansa València – Spanish Dance Platform.

L’équipe de Dansa València

AIXÒ AL POBLE NO LI AGRADARÀ / CATALOGNE 

Això al poble no li agradarà (« Les gens ne vont pas aimer ça ») est un festival d’arts vivants organisé dans la région de Gérone, qui vise à encourager de nouvelles relations entre les publics et la création contemporaine. À travers un processus de reterritorialisation, le festival célèbre la création hybride, en connectant artistes, lieux et publics dans un dialogue constant avec le contexte local.

La troisième édition du festival, organisée en 2025, s’est déroulée sous la forme d’un cycle de quatre mois (de février à mai) avec des rencontres mensuelles (ateliers, résidences et ouvertures publiques) dans huit communes de la région de Gérone. Ce cycle s’est conclu par le festival principal, les 30 et 31 mai, avec des activités à Salt, Lloret de Mar et Celrà. La programmation incluait des propositions en salle et en plein air, adaptées au contexte de chaque lieu, avec des compagnies telles que Monte Isla, Omar Moran, Guillem Mont de Palol, Jorge Dutor, Urati Lab, Llum de Fideu, Jordà Ferrer (Antigua i Barbuda), Laboratorio de Pensamiento Lúdico, Katerina Andreou et Los Sara Fontán.

Le festival se caractérise par sa gouvernance partagée, qui implique seize agent·es artistiques de la région de Gérone, favorisant la collaboration et l’échange entre différents acteurs culturels. Il propose en outre un programme majoritairement en plein air et gratuit, accompagné d’espaces de convivialité qui facilitent les rencontres entre artistes et publics.

Això al poble no li agradarà s’est imposé comme une référence dans le domaine des arts vivants sur le territoire, se distinguant par son engagement envers la création contemporaine et sa capacité à transformer l’espace public en lieu de rencontre et de réflexion.

L’équipe d’Això al poble no li agradarà

ES CLOT D'EN FONT & ART DANCE CENTER / ÎLES BALÉARES 

Sur la carte culturelle des îles Baléares, une rencontre singulière a lieu entre deux organisations qui, bien que venant de contextes différents, partagent une même vision : utiliser l’art et le corps comme moyens de transformer notre relation à nous-mêmes, à la communauté et à notre environnement. Il s’agit d’Es Clot d’En Font, refuge artistique et écologique situé à Lloret de Vistalegre, et d’Art Dance Center, espace de danse, de recherche et de création à Son Feriol, à Palma. Ces deux initiatives se rejoignent dans TERRITORIO pour soutenir un projet qui unit nature, mouvement et coexistence.

Es Clot d’En Font a été conçu comme un sanctuaire où la créativité cohabite avec la durabilité. On y pratique la permaculture, produisant des aliments biologiques qui nourrissent à la fois le corps et l’expérience artistique. Là-bas, la journée peut commencer par une promenade dans les potagers et s’achever dans le studio de danse au plancher de bois, conçu pour le travail physique et performatif. Le lieu propose également des hébergements et des zones de camping, créant une atmosphère communautaire où le partage du temps, des ressources et des savoirs fait partie intégrante de l’expérience. Leur approche holistique cherche à faire de chaque retraite, atelier ou rencontre une occasion de se reconnecter à la nature et à l’exploration créative, en harmonie avec l’environnement.

Art Dance Center, pour sa part, se trouve au cœur du tissu urbain de Palma, dans le quartier de Son Feriol. Là, l’art se vit à travers le mouvement, l’expérimentation et le lien social. Sa mission repose sur trois piliers : la formation, la création et l’ancrage communautaire. Les studios accueillent régulièrement des cours de ballet et de danse contemporaine, des ateliers de mouvement et des projets interdisciplinaires. Mais ce qui le distingue vraiment, c’est son ouverture à la recherche artistique : résidences et processus de création qui laissent place à de nouvelles dramaturgies du corps, comme les projets Dancing with Our Dreams et La casa de los sueños (La maison des rêves). Le centre conçoit en outre la danse comme un acte social, en encourageant des performances participatives et des activités ouvertes au quartier et à la ville.

Le dialogue entre ces deux espaces – le rural et l’urbain, le naturel et le communautaire – enrichit le tissu culturel de Majorque. Es Clot d’En Font offre un contexte de silence, de terre et de soin, idéal pour les processus d’introspection et les expériences partagées de longue durée. Art Dance Center apporte la vitalité d’un environnement urbain, où la danse se rapproche des habitant·es et tisse des liens avec des collectifs variés. Ensemble, ils créent un écosystème qui relie création artistique, durabilité, bien-être et vie communautaire.

Leur collaboration au sein de TERRITORIO s’enracine dans cette complémentarité : cultiver le corps en mouvement et la terre fertile comme des gestes parallèles, en ouvrant des espaces d’expérimentation artistique tout en soutenant des pratiques de soin et d’appartenance. En unissant leurs forces, Es Clot d’En Font et Art Dance Center créent un pont entre l’intime et le collectif, entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’ici de Palma et l’ailleurs de la campagne majorquine. Un territoire élargi où l’art se vit comme une manière d’habiter le monde.