Qui cherche, qui trouve

L'univers de Junior Mthombeni

©Stef Stessels

Qui écrit l'Histoire ? Qui mérite une statue, qui devient un ennemi ? Quels récits sont transmis, et lesquels se perdent en chemin ?

Les spectacles de Junior Mthombeni prennent leur source dans des champs de bataille, des salons de coiffure, des histoires familiales et des souvenirs personnels, tout en dépassant le récit individuel. Ils explorent ce qui relie les êtres humains, au-delà des générations, des frontières et des héritages historiques.

Musique, mouvement, langue et image s'y croisent et s'entremêlent. Il en résulte des espaces où différentes voix et expériences peuvent coexister, se rencontrer et dialoguer.

Comment rester liés les uns aux autres, malgré tout ce qui tend à nous diviser ?

BIENVENUE DANS L'UNIVERS DE JUNIOR MTHOMBENI.

Après le succès de Malcolm X, Dear Winnie et Burning City, Junior Mthombeni, figure emblématique du KVS, revient cette saison avec trois nouvelles créations : Barber Shop Chronicles, Hannibal et Die Before You Die. Identité, communauté, masculinité et histoire traversent une nouvelle fois son œuvre comme un fil rouge. Des thèmes qui ne se retrouvent pas seulement dans ses spectacles, mais qui sont également au cœur de sa manière de concevoir le théâtre.

Cofondateur de plusieurs collectifs artistiques, Mthombeni envisage constamment la création comme une démarche collective. Ce n'est pas le « je » qui est au centre, mais le « nous ». Cette approche horizontale se reflète dans ses spectacles, où les communautés, les rencontres et les mémoires collectives occupent chaque fois une place essentielle.

Derrière ces récits parfois très personnels se cachent souvent des histoires plus vastes. Une conversation dans un salon de coiffure devient une réflexion sur l'identité, un nom de famille ouvre la porte à un héritage colonial, et le destin du célèbre général carthaginois Hannibal Barca interroge celles et ceux qui écrivent l'Histoire, ainsi que la manière dont certains deviennent des héros tandis que d'autres sont désignés comme des ennemis.

Que signifie chercher sa place dans un monde qui ne cesse d'exclure ? Comment vivre avec les héritages du colonialisme, des migrations, de la guerre et du racisme ? Et comment continuer à croire au lien entre les êtres lorsque la peur et la polarisation semblent gagner du terrain ?

Mthombeni n'aborde pas ces questions à travers des réflexions abstraites, mais à partir de la rencontre. La musique, le rythme et l'énergie collective rassemblent les personnes autour d'histoires qui ne demandent pas tant à être expliquées qu'à être partagées. Les grands concepts prennent ainsi la forme de récits profondément humains.

Cette quête du lien est également au cœur des trois spectacles que Junior Mthombeni présente cette saison à la KVS : Barber Shop Chronicles, Hannibal et Die Before You Die.

7 > 15/1/'27 @ KVS BOL

Avec Barber Shop Chronicles, Mthombeni nous entraîne dans un salon de coiffure envisagé comme une micro-société. Ce qui semble d'abord être un lieu du quotidien devient un espace où se tissent des amitiés, où les conflits s'expriment et où les vulnérabilités peuvent être partagées.

Pour leur adaptation du texte primé d'Inua Ellams, Michael De Cock et Junior Mthombeni déplacent l'action vers un espace francophone reliant Kinshasa, Dakar, Douala, Ouagadougou, Abidjan et Bruxelles. Il en résulte un réseau de voix et de récits qui traverse les continents et met en lumière la richesse des communautés africaines et de leurs diasporas.

Éducation, religion, migration, amour ou politique : les thèmes s'entrecroisent sans cesse. Entre le bourdonnement des tondeuses et les plaisanteries qui fusent, se dessine un portrait nuancé des masculinités noires, loin des clichés et des stéréotypes.

Barber Shop Chronicles célèbre la force de la conversation, faisant du salon de coiffure un véritable safe space, où le doute, la fierté, la vulnérabilité et le sentiment d'appartenance peuvent coexister.

11 > 13/2/'27 @ KVS BOL

Avec Hannibal, le regard se déplace du salon de coiffure vers le champ de bataille de l'Histoire. Dans cette technopéra d'envergure, Junior Mthombeni et Michael De Cock explorent la manière dont la guerre, la propagande et les représentations façonnent depuis des siècles celles et ceux qui sont célébrés comme des héros ou désignés comme des ennemis.

En s'appuyant sur l'histoire du général carthaginois Hannibal Barca et sur le mythe de Didon et Énée, le spectacle établit des liens inattendus entre les guerres puniques et les tensions géopolitiques contemporaines. Les récits anciens continuent ainsi d'influencer le regard que l'Europe porte sur elle-même et sur l'Autre.

Opéra, hip-hop, slam, peinture en direct, vidéo et danse se rencontrent dans une création foisonnante qui plaide en faveur de la nuance et de la pluralité des voix.

Dans Hannibal, l'Histoire n'apparaît pas comme une simple succession de faits, mais comme un récit susceptible d'être manipulé et instrumentalisé. Le spectacle met en lumière la manière dont certaines voix ont été privilégiées au fil des siècles, tandis que d'autres ont été reléguées à la marge. L'histoire d'Hannibal devient ainsi celle des héritages coloniaux, des rapports de pouvoir et de la question de savoir qui détient le droit de raconter l'Histoire.

17 > 19/2/'27 @ KVS BOX

Avec Die Before You Die, Mthombeni revient à une histoire plus intime.

Après Vaderlandloos, il poursuit sa réflexion sur l'identité à travers une confrontation personnelle avec ses origines, son histoire familiale et les héritages du colonialisme. Au cœur du spectacle se trouve son nom de famille, un nom imposé sous la domination coloniale.

Le spectacle suit le voyage de Mthombeni en Afrique du Sud, où il tente de retrouver son nom de famille d'origine, Moloi, ainsi que son périple à Varanasi, en Inde, ville où de nombreuses personnes viennent se détacher du monde terrestre.

Là où ses précédentes créations prenaient souvent appui sur des expériences collectives, Mthombeni revient ici résolument à lui-même. Sa quête de son nom d'origine fait écho à son enfance, à ses racines et aux questions qui nourrissent son travail artistique depuis de nombreuses années.

Die Before You Die parle du lâcher-prise. De l'abandon des identités imposées. Et de cette question essentielle : quels récits portons-nous avec nous, et lesquels devons-nous laisser derrière nous pour pouvoir recommencer ?


Mthombeni fait de la scène un lieu de rencontre où l'histoire, l'identité et la communauté ne sont jamais figées, mais constamment réinterrogées. Un espace où des récits multiples se rejoignent autour d'une même question :

Comment rester humains lorsque tout autour de nous semble vouloir nous diviser ?